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Pour un parti propre… au Québec !

Portrait d’un homme de coeur

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Un texte de Sébastien Lévesque, paru dans la Revue Ainés Hébergement, Vol 6 no 1

Lors des élections générales du 28 Juin dernier, les Québécoises et les Québécois ont très majoritairement décidé d’appuyer un « parti propre au Québec », faisant élire 54 députés du Bloc Québécois. Comme le premier ministre Paul Martin est maintenant minoritaire, c’est donc dire que le rôle du Bloc Québécois à Ottawa, tout comme celui des Conservateurs et des Néodémocrates est plus important que jamais. À la veille de l’ouverture de la prochaine session parlementaire, Aînés hébergement s’est donc entretenu avec Gilles Duceppe, le chef du Bloc Québécois pour connaître ses intentions en santé, tout particulièrement auprès des aînés. Rencontre avec un homme de cœur.

Santé

D’entrée de jeu, concernant l’entente sur la santé signée entre les premiers ministres provinciaux et Paul Martin et ses possibles impacts sur les aînés ; Gilles Duceppe se dit fiers du travail accompli mais pas nécessairement impressionné : « D’abord, il faut être clair sur une chose, il n’y a pas de cadeau d’Ottawa là-dedans… Après tout, n’oublions pas que cet argent qui provient de l’entente, c’est l’argent de toutes les Québécoises et les Québécois. Donc, c’est juste dans l’ordre normal des choses que cet argent là nous revienne. Personnellement, je peux quand même pas être contre la vertu, que Québec reçoive plus d’argent, c’est quand même une excellente chose. Mais c’est réellement le 26 octobre, lors de la rencontre sur la péréquation et le déséquilibre fiscal qu’on va vraiment voir les intentions d’Ottawa. Si le fédéral donne d’une main pour reprendre de l’autre, on sera vraiment pas plus avancé…

Concernant les aînés du Québec et ce qu’ils peuvent obtenir de l’entente sur la santé, monsieur Duceppe nous souligne que l’enjeu est extrêmement important ; « C’est sur qu’en vieillissant, on n’a plus besoin que jamais des services de santé, de façon générale. Évidemment je vous apprends rien en disant ça, c’est pas une grosse découverte… Mais reste que en regardant notre réseau de santé actuellement, on n’a pas le choix de se rendre compte qu’il reste d’importantes améliorations à faire. Mais, tout ça étant dit, il demeure que la situation des Québécoises et des Québécois, incluant les personnes âgées est bien meilleure qu’avant l’Assurance-hospitalisation. On ne se conteras pas d’histoires… Avant, il n’y avait pas de liste d’attente, tout simplement parce que la plupart des gens avaient même pas les moyens d’être sur la liste d’attente… Bien des gens n’étaient même pas soignés du tout… Alors c’est tout ça qu’il faut regarder. Est-ce qu’il y a de l’amélioration à faire, certainement. Mais il ne faut pas le faire en rejetant tout. Il faut absolument maintenir ce système de santé publique, qui, soit dit en passant, nous coûte deux fois moins dispendieux qu’aux États-Unis et qui soigne aussi beaucoup plus de gens. Donc dans ce contexte là, c’est évident que le défi est d’autant plus grand que les gens vivent de plus en plus vieux et qu’un bon nombre de problèmes de santé apparaissent en vieillissant…. Maintenant, est-ce que vieillesse rime nécessairement avec urgence ? Je suis pas sur de ça. Évidemment, se sera à Québec comme aux autres provinces de s’occuper des choses à changer. Mais personnellement, je crois qu’on devrait davantage investir dans les CLSC que dans les urgences. Si les CLSC fonctionnaient comme ça devait être le cas au départ, On aurait pu éviter un paquet de problèmes en santé… »  

Les précédents du Fédéralisme Asymétrique

En ce qui concerne le « Fédéralisme asymétrique » tel que qualifié par Jean Charest, Monsieur Duceppe nous rappelle d’abord une évidence toute simple ; la santé est un domaine de juridiction exclusivement provincial, donc en théorie d’où le fédéral devrait être complètement exclu. Aussi « Quand Ottawa intervient comme il le fait trop souvent dans les champs de compétences du Québec, moi j’appellerais plutôt ça de l’ingérence asymétrique. Quand Ottawa viendra nous parler de nos particularités comme la loi sur les Jeunes contrevenants par exemple, là on pourra réellement voir de quoi il en retourne et parler de Fédéralisme. Mais moi, je ne veux vraiment pas me battre sur des changements constitutionnels, parce que la règle est très claire là-dessus et le temps nous a prouvé que c’est à peu près impossible d’en avoir… »  

Il souligne aussi que : « Il s’agit d’abord et avant tout d’une entente administrative qui, évidemment, ne vaut que pour le temps où elle est signée et qu’elle peut disparaître aussi vite que le gouvernement. » En outre, monsieur Duceppe souligne que c’est loin d’être la première initiative du genre, rappelant Jean Lesage, dans les années 60 qui s’est retirés de 29 programmes fédéraux avec l’accord de celui-ci, ce qui a permis notamment la création de la Caisse de dépôt et de placement et le Régime des rentes du Québec. L’entente Cullen-Couture sur l’Immigration est un autre exemple tout comme l’entente sur la Main d’œuvre entre Lucien Bouchard et Jean Chrétien et il y aurait encore plusieurs autres exemples du même genre. « C’est la première entente où on utilise ce terme là, et il faut aussi souligner une chose, Paul Martin n’aurait jamais eu la même attitude s’il avait été à la tête d’un gouvernement majoritaire… En ce sens, je dois donner crédit à tous les autres partis, non seulement le Bloc. Nous, on a augmenté de 21 députés, les Conservateurs qui ont augmenté de 35 à l’échelle du Canada et les Néodémocrates qui ont augmenté de 5. Je me péterai donc pas les bretelles en disant que c’est uniquement grâce à nous… Mais je maintiens ce que j’ai dit, Un gouvernement fédéral minoritaire à une attitude négociations bien différente que s’il est majoritaire et c’est particulièrement vrai pour un gouvernement libéral… On n’a probablement profité de ça. »   

Quant aux principaux besoins des aînés, monsieur Duceppe affirme d’entrée de jeu que le vieillissement de la population dépasse largement la santé. Il donne en exemple tout le service de maintien à domicile qu’il faudrait développer de manière importante dans les prochaines années, afin que les gens puissent demeurer à domicile le plus longtemps possible. Se référant à ses propres parents qui prenaient soin de ses grands-parents alors qu’il était jeune, comme si c’était bien souvent le cas il y a 50 ans et plus, explique-t-il. Monsieur Duceppe souligne tout le côté positif des relations intergénérationnelles qui découlaient de cet état de fait ; ils habitaient alors à 9 dans un 4 1/2 souligne-t-il avec nostalgie « On était tassé, notre « lebensraum » comme disent les géographes allemands, notre espace vital, était assez limité… Je dis pas que c’était toujours beau, mais l’expérience était extraordinaire! »  Il dit également le vivre actuellement de manière plus moderne, parce son fils et sa petite famille habitent temporairement chez lui et il apprécie l’expérience. « Je ne pense pas qu’il faut revenir à ça, à aussi peu d’espace pour chacun, mais il reste toute la dynamique des aînés vis-à-vis des autres générations à explorer. Et ça, c’est sans compter toute la question des centres d’accueil qui doivent s’adapter à la nouvelle donne sociétale. Et pourquoi pas l’architecture même des maisons qui pourrait être complètement repenser dans ce sens là, et c’est déjà commencé, avec les maisons qui ont une annexe pour les parents et les grands-parents, pour permettre aux gens de prendre soin de leurs aînés…   Une autre question importante, c’est tout ce qui touche les médicaments… C’est évident qu’on paye beaucoup plus cher pour les médicaments en vieillissant. Mais, la question à se poser, c’est est-ce que une médication adéquate, quel que soit son coût, dans la mesure du raisonnable bien sûr, permet d’éviter des séjours d’hospitalisation qui sont encore plus dispendieux que le coût des médicaments, si oui comme société c’est un pas dans la bonne direction.

Interrogé à savoir ce que son parti peut apporter tout particulièrement aux aînés, Monsieur Duceppe s’empresse d’abolir le fossé entre les aînés et les autres générations : « Je pense que les aînés ont des intérêts qui sont communs avec les autres générations… Je pense entre autres au scandale des commandites qui n’a pas fait l’affaire de personne au Québec, les aînés inclus, je pense au détournement de 45 Milliards de la caisse d’assurance-emploi, tout comme le bouclier antimissile rejeté massivement, au Québec du moins… Ce sont des dossiers qui interpellent tous les québécoises et les québécois et sur lesquels ils veulent être entendu et respecté dans leurs différences.  Ceci étant dit, il reste que certains besoins spécifiques aux aînés dont il faut tenir compte ; Est-ce qu’on ne doit pas mieux adapté les services à la population, je pense que ça serait une voie à regarder et là-dessus, le Bloc comme partie d’opposition peut jouer un grand rôle… Je pense notamment à la question des Banques et les guichets automatiques. À cause de la réduction des heures d’ouvertures et même de la fermeture de certaines succursales bancaires, le guichet automatique représente souvent le seul moyen d’accès à sa banque. Pour les jeunes, c’est évident que ça ne pose à peu près aucun problème. Mais pour une population plus âgée, il y a plusieurs insécurités qui sont reliés à cette nouvelle technologie, il faudrait en tenir compte. Il y aussi les formulaires, tout particulièrement celui de l’impôt, est-ce qu’ils ne pourraient pas être écrits plus gros pour en faciliter la lecture, être mieux adapté pour les aînés ? Ce sont de petites choses toutes simples, mais qui font souvent une grande différence. Et une question à laquelle on ne pense pas souvent, les bureaux de poste ; d’abord leur pertinence versus l’internet de plus en plus présent, mais surtout leur éloignement et leur accès. Dans mon propre comté, tout comme Bernard Bigras dans Rosemont, certains bureaux de poste étaient difficiles d’accès car ils fallaient traverser des artères dangereuses pour s’y rendre, on s’est battus et on se bats encore là-dessus pour les aînés  En gros on peut dire que les services gouvernementaux doivent s’adapter en fonction de la pyramide des âges… » 

Supplément de revenus garanti

« Le Supplément de revenu garanti, c’est le Bloc qui a mis ça de l’avant. Parce que les Libéraux Fédéraux ne voulait pas reconnaître qu’il y avait de l’argent qui était ni plus ni moins que traficoté, auxquels les aînés avait droit mais qu’ils n’avaient pas faute d’information adéquate … La seule place où c’était fait mention c’est dans les formulaires de déclarations d’impôts d’Ottawa… Malheureusement, souvent les aînés ne font pas de rapport d’impôts, n’en payant pas, donc l’information ne se rendait pas. Et, au Québec seulement ça se représente 3,2 Milliards de dollars pour 68 000 personnes… Et au Bloc on s’est fait un point d’honneur de retracer ces gens-là et de les informer de leurs droits. Présentement on en a retracé 24 000, tous des gens qui y avaient droit et qui, malheureusement ne le savait pas, notre député Marcel Gagnon à fait un travail colossal là-dessus. Quand on n’a soulevé ça en chambre, les Libéraux se sont dépêchés de nous dire, Y’en a pas de problème, les gens sont très bien informés… Pourtant curieusement, pas longtemps après qu’on se soit mis à informer les gens là-dessus, le gouvernement a fait volte-face et a lancé une grande campagne d’information dans les journaux d’un bout à l’autre du Canada. Alors pourquoi, si les gens étaient si bien informés que ça, qu’il a fallu faire ça, c’est parce qu’on les a réveillé… 600 $ par mois, pour des millionnaires ce n’est vraiment pas grand-chose, mais pour des gens à faible revenus, souvent juste au-dessus du seuil de la pauvreté, qui n’ont que leur pension pour subsister, ça peut faire une moyenne différence. »

Questionné quant à son avenir politique advenant une défaite hâtive du gouvernement minoritaire de Paul Martin, une rumeur persistante l’amenant à faire le saut du côté provincial à la tête du Parti Québécois, monsieur Duceppe n’a pas voulu se mouiller : « J’ai obtenu un mandat de la population et j’entends le mener à terme par respect pour les gens qui m’ont élus. Pour le reste on verra. À Québec je suis pleinement convaincu que Bernard Landry (l’actuel chef du Parti Québécois) est l’homme de la situation et il a toute ma confiance. Je me vois donc pas dans ce fauteuil là. »

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