Sa nomination à la tête du chantier le plus important des DSP en près de d’un quart de siècle n’a donc rien du hasard. Ses nombreux qualités et aptitudes ont rapidement fait consensus autour de lui dans la congrégation. Donc la question se pose, pourquoi un autre Disciple de Saint-Paul ne prend pas sa suite. La réponse est simple, d’une part tous ont eu l’occasion d’apprécier et d’analyser Miguel lors du passage des trois aquacoraliens en terre d’Haiti. L’aide et l’apport de chacun est béni et généreusement apprécié, il va sans dire, reste que Migui a rapidement marqué les esprits et fait consensus autour de lui. Tous reconnaissent en lui l’héritier de Claudius. De deux on tient le jugement de Claudius Saint-Armand en haute estime, ses dernières volontés couchés sur papier, de voir Miguel prendre sa suite doivent absolument être respectés pour dignement honorer sa mémoire.
À peine deux jours plus tard, Miguel procède à un premier contact avec son équipe de travail, question de voir comment se présente le chantier. Ce qui est fait et surtout les prochaines étapes pour rendre le projet dans ses grosseurs, comme le dit une expression typique de son coin de pays. Le projet est bien en selle et progresse rondement depuis la toute première pelletée de terre jusqu’à ce matin fatidique où le petit monde de Maïssade s’est arrêté. Miguel doit surtout faire atterrir le vaisseau, rendre à la communauté de Maïssade une école toute neuve dont elle sera fière et qui va répondre à tellement de besoins, veiller à bien finaliser le projet au niveau des finances, accueillir la jeune Stéphanie Lapointe au nom des Disciples de Saint-Paul pour les photos officielles, elle qui va mettre son nom sur la bâtisse et rendre hommage à Claudius à travers tout ça. Une mission de rien, ironise-t-il… On mange un éléphant une bouchée à la fois dit-on, c’est sans doute aussi le cas pour les écoles à livrer, pense-t-il non sans un grand sourire aux lèvres. Bien sûr, l’âme de Claudius est partout sur le projet, ce qui rend le travail particulièrement émotif… Miguel sait cependant que son ami veille sur eux et les protège peu importe où il se trouve.
L’adaptation à la vie sur le chantier ne fut pas une mince affaire, surtout que Miguel n’avait pas à proprement parler l’expertise nécessaire pour ce genre de travaux. Mais les Disciples de Saint-Paul avait pensé à cela… En partenariat avec le Centre Diocésain des Métiers des Caves (c’est ainsi qu’ils appellent les métiers de la construction en créole) Miguel recevra la même formation qu’on reçue les quelques seize chefs de travaux que Claudius a choisi avec soin parmi la population locale, un atelier-école est prévu pour que chacun puisse offrir le meilleur de lui-même. Le frère Saint-Armand, avec son œil d’architecte supervise le tout, conseille, voit à ce que tout soit fait selon les règles de l’art. Voilà que son départ vient tout bouleverser sur le chantier. Certes, la mort de Claudius retarde son déploiement de quelques jours, mais avec la bonne volonté de chacun le projet reprend rapidement, Miguel recevant la formation à la vitesse grand V, il aura au moins les notions de base pour inspecter le travail, bien que chacun sait qu’il n’est pas architecte. Aussi on peut dire que ça force chacun à être meilleur pour le protéger en quelque sorte. On sait cependant qu’il est méticuleux, professionnel et qu’il souhaite plus que tout que Claudius, d’où qu’il soit, soit fier de lui et du travail accompli. Cela leur suffit amplement.
Les besoins sont si criants que l’école doit être livrée le plus rapidement possible, soutient le maire de Maïssade. Il sait à quel point sa communauté est en état de choc depuis le décès du frère Saint-Armand et que seule la livraison de l’école peut panser les plaies vives et la douleur sans nom qui afflige le village. Le meilleur moyen de faire son deuil et d’honorer sa mémoire par le travail, c’est en accomplissant les deux choses qui lui tiennent le plus à cœur, rendre service à son prochain et soulager la misère sous toutes ses formes. Des valeurs qu’endossent aussi parfaitement Miguel. C’est pourquoi il offre tout son soutien, son temps et ses énergies aux chefs de travaux pour les encadrer le mieux possible, les écouter et comprendre leurs besoins et les faire briller par son leadership discret mais efficace. Miguel se retrouve donc en apprentissage accéléré dès les funérailles derrière lui. Une portion théorique bien sûr pour acquérir quelques connaissances techniques pour bien soutenir chacun des chefs de travaux, veiller à ce qu’ils puissent accomplir leur travail dans les meilleures conditions possibles, tenter autant que faire se peut de répondre à leurs besoins. Voilà le mandat pour celui qui doit succéder à Claudius. Car Miguel déteste profondément le mot Remplacer, on ne remplace pas quelqu’un, on lui succède, c’est le meilleur moyen de ne pas l’oublier, soutient-il. Et la deuxième portion de la formation se déroule directement sur le chantier de l’école Stéphanie Lapointe, c’est donc comme construire l’avion en plein vol, pour employer une métaphore toute québécoise.
Au menu de la formation, comme les chefs de travaux l’on aussi appris il y a quelques semaines à peine ; apprendre les Techniques de Construction Locales Améliorées, des manières de faire éprouvées et qui étaient parfaitement adapté au terrain et au climat de Maïssade. Ces techniques prenaient en compte le contexte climatique ainsi que la disponibilité des produits locaux, qui composeraient plus de quatre-vingt-dix pour cent des matériaux du chantier, le reste provenant de l’organisme Architecte d’Urgence du Canada, qui parrainait aussi le projet et ce tout en respectant les normes parasismiques et anticycloniques du pays, trop régulièrement frappés par les deux phénomènes météos. Puis, sur le terrain, pour la partie pratique comment bâtir la charpente, ériger la toiture et monter les murs pour garantir la pérennité de la future école, qui compte tout de même une bonne vingtaine de classe utile à plus d’un millier d’écolier. Pour le futur prêtre, c’est à des miles d’une éducation traditionnelle, des cordes à son arc que Miguel reçoit avec humilité et gratitude, un bagage inestimable qui fait partie de l’école de la vie. Bien que le projet soit particulièrement avancé au moment où Miguel entre en scène, on n’est jamais trop méticuleux pour vérifier et contre-vérifier tout ce qui vient d’être bâti, comme c’est demandé avec toute la bienveillance du monde, c’est pour le bien commun et l’harmonie que chacun accepte les remarques de Miguel.
Lors de la relance officielle du projet, pour une seconde fois en quelque sorte, question de présenter Miguel à tous, le frère Patry rappela les grands principes qui les avaient guidés pour prendre en charge ce chantier.
— Le but premier de ce chantier est naturellement de Redonner aux enfants de Maïssade un cadre scolaire en réhabilitant l’école principale, qui a été détruite lors du dernier tremblement de terre. Afin de souligner le travail et le dévouement hors du commun d’une bénévole, je tiens à le rappeler, qui vient du Québec et qui s’est donner corps et âme pour soutenir, faire connaître et financer le projet, nous avons cru juste et bon de donner à la future maison d’éducation le nom de cette grande artiste et interprète qui a mis sa carrière entre parenthèse pour se consacrer au bien commun. Madame Stéphanie Lapointe qui a accepté avec toute l’humilité qu’on lui connait que l’école porte son nom. Nous privilégions un retour le plus rapide possible à l’école pour le millier d’enfants de Maïssade, tout en s’assurant d’une construction solide et sécuritaire.
Puis sa voix s’enroua et se mit à trembler un peu lorsqu’il résuma les derniers événements.
— Cette pelletée de terre symbolique est la deuxième en fait, car le chef de chantier qui avait été désigné au départ, le bien aimé frère Claudius Saint-Armand, comme chacun le sait, a eu un malaise sur le chantier… qui a rapidement dégénéré en arrêt cardiaque et entraîner sa mort… C’est… C’est pour cela que nous sommes de nouveau ici pour présenter le nouveau maître d’œuvre, que plusieurs d’entre vous ont pu voir lors de son passage il y a quelques mois… Monsieur Miguel Des Bretagne que le frère Saint-Armand avait choisi comme second s’il lui arrivait quoi que ce soit… C’est donc lui qui dirigera les travaux à partir de ce jour. Bon chantier à tous et que Dieu vous vienne en aide dans sa grande miséricorde et son infini bonté…
Le nouveau chef de chantier était particulièrement apprécié par tous les employés, chacun avait voulu le voir prendre la suite de Claudius et cela se ressentait dans les excellentes relations de travail.
