Aller au contenu

Extrait du chapitre 5 de Comme les vagues du fleuve…

Christian Des Bretagne a toujours été un grand ami de la famille Leclerc, ses voisins d’enfance, avec qui il passe toute sa jeunesse, jusqu’à son départ en famille d’accueil à cause du hockey. Le fait qu’il soit devenu un joueur étoile de la Ligue national n’a rien changé à cela… Même si tout le monde autour de lui aime à dire « une vedette », lui a toujours refusé ce titre, car il est resté le même gars simple et accessible de Corail-des-Eaux. La seule différence étant qu’il exerce maintenant son « métier » à Québec, soutient-il. Il a d’ailleurs invité les Leclerc à quelques reprises au Colisée depuis qu’il joue dans le grand circuit. Mais ce soir, c’est spécial ! Miguel et ses copains sont invités au tout nouveau Centre Vidéotron. C’est une grande première, presqu’une exclusivité alors que ce ne sera que la troisième partie dans le nouvel amphithéâtre qu’on vient à peine d’inaugurer. 

Après s’être sustentés, Miguel commence donc à leur expliquer la suite des choses, tel que cela a été convenue au téléphone avec Christian hier soir :

— Avant le match, Christian nous attend pour une visite guidée du nouveau Centre Vidéotron. D’abord, juste le hall, qui peut accueillir plus de 600 personnes, C’est pas rien. Mon grand frère est tellement génial !! Il nous permet, j’en reviens pas encore et je ne sais pas trop comment, de visiter le vestiaire du National, tout juste avant que les joueurs arrivent. C’est très rare que les gens ont accès à ça. Juste d’y penser, j’en ai des frissons !! Ensuite, il m’a dit qu’il nous offre des chandails et des bâtons autographiés pour chacun de nous. Tout ça nous attend dans la loge qui est réservée ce soir juste pour nous. Si vous avez encore un petit creux pendant le match, la bouffe et les boissons sont à volonté. Disons qu’on peut difficilement demander mieux.

— Eeee. Merci. C’est vrai qu’il est vraiment sweet ton frère. J’en reviens pas. Je me demande comment on va pouvoir le remercier… s’exclame Étienne éblouis…

— Comme on l’est tous les quatre, Roman, François, Étienne, et moi en fait.

Miguel se rappelle encore de l’imposant et luxueux dallage de marbre bleu et blanc, les couleurs de l’équipe, sur le plancher de la grande place d’entrée, nommé le Hall Marius Fortier pour rendre hommage à l’un des grands dirigeants de l’histoire de l’équipe depuis les tous débuts dans l’Association mondiale. À la manière de l’Allée des célébrités du cinéma, un long trottoir avec les noms des plus grands joueurs de l’histoire de l’équipe oriente les partisans de la fin du grand hall jusqu’aux gradins. L’histoire démontre rapidement par noir sur blanc, une feuille de pointage après l’autre, que ce n’est qu’une question de temps avant que Christian Des Bretagne ne rejoigne les trois frères Stastny, Peter, Anton et Marian, Michel Goulet, Mario Marois, Marc Tardif, Jacques Richard ou Dale Hunter, pour ne nommer que ceux-là, sur cette allée presque mythique qui compte près d’une quarantaine de plaques honorant autant de joueurs. Bien sûr l’honneur suprême demeure de rejoindre le firmament des hauteurs du Centre Vidéotron. Voir son numéro retiré, un privilège que seuls les plus grands parmi les grands reçoivent au terme de leur carrière exceptionnelle. Le quarante-quatre de son grand frère peut-il s’ajouter à cette prestigieuse liste, songe déjà Migui, un brin d’orgueil dans le regard, mais surtout tellement d’admiration pour le héros de toute une ville, mais qui demeure d’abord et avant tout SON héros.

Pour le moment, question de souligner les trente premières saisons de l’équipe, on retrouve onze numéros retirés, honorant treize joueurs au plafond de l’amphithéâtre : Le Trois de Jean-Claude Tremblay, dit le Magicien de la ligne bleue, le Huit de Marc Tardif, le Seize de Michel Gooooulet, le héros de Péribonka, le Trente du roi Richard, Richard Brodeur qui revendique la seule coupe Avco de l’époque d’avant la Ligue nationale, le Vingt-deux de Mario Marois, le plus fier guerrier de l’histoire, le Vingt-six de Peter Stastny, le Trente-deux  de Dale Hunter l’âme et l’inspiration de toute la première décennie dans la grande ligue, le Dix-neuf qu’a d’abord porté le Bœuf de Matane, Alain Côté dont on se souvient surtout pour un « non-but » qui a longtemps hantés les discussions de tavernes et les querelles de famille puis qu’on a légué en héritage au grand Joe Sakic, de loin le meilleur joueur de l’histoire, la contribution des deux joueurs est souligné en même temps, le Neuf de Réal Cloutier, première vedette de l’équipe dans le grand circuit et finalement le Treize  mythique du grand Mats Sundin, un numéro honni par la majorité des équipes aux dirigeants particulièrement superstitieux, mais dont le grand suédois s’est toujours fort bien accommoder pour le faire rayonner, dans la vieille capitale d’abord, avant de quitter pour une légende des Maple Leafs. Une dernière bannière honorait le numéro quatre, mais d’une véritable légende au sens le plus pur du terme. De loin le meilleur joueur à avoir gagné la coupe Stanley pour la ville de Québec, Joe Malone, le glorieux d’une tout autre époque, celle des Bulldogs de Québec.    

Pourtant, ce n’était que le début de la visite guidée auquel les conviait Christian qui, comme convenu les attendait sourire aux lèvres, en complet cravate à leur arrivée dans le tout nouvel amphithéâtre. Sitôt l’allée des célébrités franchie, Christian leur fit faire un tour complet du propriétaire, allant de la galerie de la presse, avec sa salle Claude Larochelle, à la fine pointe de la technologie pour les journalistes, à la salle de conditionnement physique véritable bijou pour les joueurs, en passant par le grand salon des anciens, les bureaux administratifs, puis pour la suite, il leur fit emprunter les grands axes menant aux deux sections de gradins, inférieurs et supérieurs, avant de les faire monter dans le très luxueux ascenseur vitré menant aux 110 loges contenant chacune 6 sièges de cuir luxueux et avec possibilités d’ajouter trois tabourets entre les sièges et aux trois salons VIP qui complètent le tout. Une fois dans leur loge luxueuse, les quatre comparses eurent droits à une foule de cadeaux aux couleurs du National ; des bâtons, des chandails autographiés par l’ensemble des joueurs, des agendas, des guides de presse, des casquettes, des portes clés et un calendrier des meilleurs joueurs de l’édition actuelle, avec tout naturellement Christian Des Bretagne en plein action pour illustrer le mois de novembre.

— Dans toutes les loges, on trouve un écran géant de 96 pouces, en haute définition, c’est ce qu’il y a de mieux, puis un cube tactile pour avoir accès à internet n’importe quand, pour vérifier des stats ou voir où en sont les autres matchs de la Ligue par exemple, il y a même une connexion directe et sans fil avec les concessions, pour commander ce que vous voulez directement livré à votre siège… Tout est à volonté et inclut dans le prix de la loge. Cette section-ci, ce sont les 25 qui appartiennent aux joueurs, énumère Christian avec une grande fierté, à la manière d’un guide touristique. « Et maintenant, messieurs, le moment que vous attendez avec frénésie, j’en suis sûr, le clou de la visite. Veuillez me suivre de nouveau dans l’ascenseur pour descendre au niveau 0, accessible seulement avec une clé spéciale évidemment. Ce niveau est réservé pour les vestiaires et se situe en fait sous la glace. Une petite arche permet aux joueurs de descendre directement à leur vestiaire respectif et à remonter vers la glace au début de chaque période. Donc en quittant le vestiaire du National, je vous emmène au niveau de la glace pour assister à la période d’échauffement, puis un placier va vous reguider vers la loge qui, ce soir est à vous, ça vous va ? demande-t-il en faisant un clin d’œil complice à son petit frère aussi admiratif que ses trois compagnons.  

Aussitôt dit, aussitôt fait. L’ascenseur avec « la clé magique » que très peu de personnes possédaient » les mena directement dans l’immense vestiaire des Bleus qui imposait le respect, car les joueurs ne tarderaient pas à se pointer… De s’asseoir à la même place qu’un Joe Sakic, qu’un Raymond Bourque ou un Jocelyn Thibault avait de quoi impressionner. Les appareils photos se sont naturellement fait aller à de multiples reprises pour immortaliser cet instant magique… Non seulement c’était un des plus prestigieux de la LNH de par les joueurs qui composaient l’équipe depuis plusieurs années, les neuf bannières de divisions consécutives, un prestigieux record du circuit en témoignait, mais aussi parce qu’il était un des plus spacieux et des plus modernes qui faisaient l’envie de toutes les équipes du circuit Dryden. Christian profita de ce moment pour revêtir son équipement, et ses premiers coéquipiers arrivèrent également à ce moment. Miguel et ses eurent donc droit, comme si ce n’était pas assez, plusieurs autographes, en plus de discuter avec l’illustre Raymond Bourque, Jocelyn Thibault et quelques autres joueurs.  Puis comme Christian et ses coéquipiers prenaient le petit pont menant à la glace, Christian fit signe à un placier de reconduire ses invités dans sa loge après la séance d’échauffement. Inutile de dire que Miguel et ses compagnons n’avaient pas assez de tous leurs sens pour tout voir, tout entendre et tout sentir ce qui se déroulaient devant eux. 

Ils s’installèrent donc dans de confortables et luxueux fauteuils en cuir, posés devant l’immense baie vitrée qui donnait une vue imprenable sur la patinoire pour assister au début de la partie. Naturellement, les Sens, comme club visiteur se pointent les premiers sur la glace, ce qui suscite plus ou moins d’émotion parmi la foule, si ce n’est pour Roman qui apprécie de voir son idole Marian Hossa dans toute sa grâce. Le joueur tchèque semble avoir des ailes sur la patinoire tant il virevolte avec aisance… Puis, quelques secondes plus tard, sous un tonnerre d’applaudissement des spectateurs, alors que les gradins se remplissent à un rythme de plus en plus soutenue en vue du début du match, c’est au tout des joueurs du National de faire leur entrée sur la patinoire pour la période d’échauffement. Christian semble particulièrement en confiance, la complicité avec Joe Sakic, son compagnon de trio depuis toujours, semble vraiment bien synchronisée ce soir. Les passes vives et précises s’enchaînent avec rapidité. Les deux plus grandes vedettes de l’équipe semblent se trouver sans même se regarder, ce qui est de très bon augure pour le match. Après les appels de l’annonceur maison de se faire le plus bruyant possible, question de soutenir les joueurs du National, la période d’échauffement à pris fin, cédant le pas à la zamboni, histoire de refaire une beauté à la glace du Centre Vidéotron.

— Mesdames et messieurs, veiller vous levez, retirer chapeaux et casquettes pour l’interprétation de l’hymne national par Marie-Audrey Des Bretagne, IMA,  

— Wow, c’est ma cousine. Je n’en reviens pas. Je suis bien content pour elle. C’est aussi une grande fan du National, naturellement, souligna Miguel avec un brin de fierté dans la voix.

La jolie blonde sort tout juste un nouvel album, présentement en tournée de promotion un peu partout dans les médias. Elle représente une vedette montante de la chanson québécoise. De plus, elle fait rêver toute la gente masculine, c’est la sex-symbole de l’heure en plus d’être la fan numéro de l’équipe de la Capitale. Non seulement son cousin Christian y tient un rôle majeur, mais c’est aussi l’équipe de sa ville natale. Deux excellentes raison d’appuyer le National explique-t-elle en entrevue. Sa présence autour de l’équipe est donc un coup de filet réussi haut la main par l’équipe des communications et du marketing de l’équipe. Elle interprète les hymnes nationaux lors de chaque partie à domicile, lorsqu’elle est disponible, ce qui malheureusement se produit trop peu souvent, mais qu’importe. Ce soir elle peut et la prendre au vol représente un coup de chance pour Migui et ses amis. Elle se retire sous un tonnerre d’applaudissements une fois sa tâche terminée et la partie peut véritablement commencer. Christian ne perd pas de temps. Dans les cinq premières minutes de jeu, il marque à deux reprises et fait une passe parfaite à Steven Reinprecht qui s’échappe à l’aile pour déjouer le gardien. Le National mène 3-0. Après une seule période c’est déjà 6 à 1, une domination complète… Et le quarante-quatre en a déjà quatre à son actif. Les hommes de Bob Hartley n’ont jamais regardé derrière par la suite. Les Sénateurs ne sont plus dans le coup depuis longtemps et encaissent une gifle royale.       

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *