Aller au contenu

Les pauvres aussi oublient

Un article de Sébastien Lévesque pour Aînés Hébergement, Vol 6 no 2 Octobre 2004

Dans le cadre du tout premier congrès Gériatrix de l’industrie en gérontologie, tenu au Palais des Congrès de Montréal en Septembre dernier, Aîné Hébergement s’est intéressé tout particulièrement à la conférence « Dementia in developing countries, a challenge of the 21st century » donnée par monsieur Martin Prince, éminent spécialiste de la section épidémiologique de l’Institut de psychiatrie de Londres et porte-parole du groupe de recherche sur la démence 10/66. Ce dernier a d’ailleurs fait l’aller-retour Londres-Montréal spécialement pour l’occasion.

Voici donc le compte rendu de cette très intéressante conférence. Elle portait sur le développement des maladies de démence, comme la maladie d’Alzheimer entre autres, au sein des pays en voie de développement. Puisque, jusqu’à tout récemment, le développement de ce type de maladies était beaucoup moins rapide dans les pays en voie de développement que dans nos sociétés civilisées, mais que c’est de moins en moins le cas, la situation, là comme ailleurs, commence à devenir de plus en plus préoccupante, et c’est pourquoi le groupe de travail 10/66, dont fait partie le docteur Prince, se sont penchée sur la question. L’Alzheimer est maintenant considéré comme un fléau fonctionnant en mode accéléré au sein des pays en voie de développement, ce qui inquiète particulièrement monsieur Prince.

La démence est d’abord associée au Syndrome de perte de mémoire, généralement enclenché par une augmentation du flux sanguin au cerveau. Une étude du Rotterdam Study, effectué par Ott et son collectif de recherche en 1995  a quantifié l’augmentation de flux sanguin qui croît de façon exponentielle avec l’âge. Ainsi l’étude mentionne une augmentation d’environ 2% vers 65 ans, 5 % chez les 66-70 ans, 10% des 71-75 ans, 15 % des 80-85 ans, 20% des 85-89 ans et finalement 30% chez les 90 ans et +…  Si entre 55 et 65 ans on note peu de différence entre l’Alzheimer et la démence proprement dite, c’est passé cet âge que la démarcation prend tout son sens.

L’Alzheimer touche à peine 1% des moins de 60 ans et ce sont généralement des cas d’antécédents familiaux génétiques issus d’un gêne simple qui sont responsables de la maladie. En revanche, avec l’accroissement de l’âge, c’est-à-dire plus de 65 ans, on note une diminution significative de l’incidence de la génétique, ce qui expliquerait par exemple qu’un seul de deux frères jumeaux après 65 ans pourrait être porteur de la maladie et non l’autre. On évalue aussi à 80% l’incidence de l’environnement dans lequel une personne évolue comme facteur déclencheur et/ou aggravant la maladie d’Alzheimer.

On a réussi à identifier les protéines responsables de la maladie, les Presenlin 1 et 2, ce qui constitue une percée remarquable dans l’avancée de la science, nous dit le docteur Prince. Reste maintenant à l’enrayer, et c’est là tout le défi que c’est donné le groupe de recherche 10/66 au sein duquel travaille avec passion le docteur Prince. D’autre part, on sait aussi que ce sont les Beta Amyloid, des fragments de protéines, qui sont responsables de la mort des neurones entraînant la démence. « Dans un cerveau sain, ces fragments de protéine seraient détruits et éliminés. Dans la maladie d’Alzheimer, les fragments s’accumulent pour former des plaques dures, insolubles, ce qui provoque la mort des neurones » nous apprends l’American Health Assistance Fondation via son site web (http://www.ahaf.org), complétant ainsi les explications du docteur Prince sur les origines de la maladie. 

Parmi les autres facteurs aggravant ou susceptibles d’augmenter les risques de la maladie, on note un faible taux d’éducation, des dépressions sérieuses à répétition (dans ce cas la prise de Cortisol est sérieusement considéré), des blessures fréquentes à la tête (Ex : dans le cas d’un boxeur) et la présence de maladies vasculaires concomitantes ; comme le tabagisme, le cholestérol et les thromboses. On note aussi une augmentation des risques chez les personnes qui consomment des hormones de substitution, quelles qu’en soient la forme… C’est l’absence de maladies vasculaires, combinées à l’espérance de vie particulièrement réduite qui expliqueraient partiellement pourquoi le Tiers-monde était jusqu’à tout récemment épargné par ce fléau. Par exemple, explique le docteur Prince, c’est en Afrique que l’on retrouve le plus bas taux de tabagisme au monde et les africains ont une diète particulièrement riche en fibres, deux bons points les favorisant. On tente aussi d’expliquer le phénomène par une différence génétique chez les personnes habitant ces pays ou simplement par la particularité environnementale que représentent les pays en voie de développement. C’est ce qui motive tout particulièrement le groupe de recherche 10/66 a investiguer majoritairement dans ces communautés, ainsi 2/3 de leur cas et 10% de tous les cas de démence recensés portent sur le Tiers monde. C’est le double d’il y a 30 ans…

Parmi les estimations du groupe de recherche, dont le but premier est de fournir en informations pertinentes l’International Alzheimer fundation, on note que d’ici 2020, la Chine deviendra un triste pôle d’attraction en matière de maladies de démence, avec près de 7 millions de cas, une augmentation estimé de 210% entre 1990 et 2020. C’est donc dire que d’ici 15 ans maximum la maladie frappera 6,4% de la population totale de ce pays. Voici, en comparaison, les hausses estimées pour différentes parties du globe :

Bloc de l’Ex – URSS141 %
Pays économiquement développés166 %
Inde205 %
Croissant de l’Occident255 %
Afrique Sub Saharienne257 %
Reste de l’Asie277 %
Amérique latine et les Caraïbes277 %
 

Le groupe de recherche 10/66 possèdent présentement des structures de fonctionnement en Espagne, au Brésil, en Russie, au Nigeria et dirigent 13 centres de recherches dans les Caraïbes. Ils sont aussi à l’origine de la première conférence sur le sujet à s’être tenu en territoire tiers-mondiste, soit en Inde en 1988. Dans ses tâches au quotidien, on note : la prise de données descriptives, l’évaluation des facteurs de risques, la dispensation de soins sur le terrain ainsi que de l’intervention préventive lorsque cela est possible l’élaboration de protocoles internes afin d’assurer un meilleur suivi de la population. Ils travaillent souvent conjointement avec les gouvernements locaux pour suppléer à la famille qui, pour toutes sortes de raisons allant du jugement, à la honte, à l’ignorance, au peu de conscientisation sociale que représente ce type de maladie au sein des collectivités concernées, abandonne souvent les malades à leur sort. Ces maladies étant trop souvent jugé comme normales, associés à des phénomènes de vieillesse par la population. Ils ont effectué au cours des dernières années une multitude d’études pilotes dans 52 bureaux répartis sur 26 centres à travers le monde, dont seulement 3 était financés par les gouvernements locaux. C’est donc dire que 23 fois sur 26, c’est directement de sa poche que le groupe 10/66 a puisé pour offrir ces soins. À ce jour la répartition des projets de recherche est la suivante : 729 portent sur la démence, 702 sur la dépression sévère, 694 portent sur les impacts de la démence sur les gens très scolarisés et 760 sur les gens peu scolarisés. En terme de lieu de recherche, 760 études ont lieu en Inde, 367 en Chine et dans l’Asie du Sud-Est, 1682 en Amérique latine et dans les Caraïbes et 76 ont lieu au Nigéria.

3 réflexions au sujet de “Les pauvres aussi oublient”

  1. Il serait intéressant de mentionné quand l’article a été écrit originalement et/ou publié, question de faire savoir que l’article date de quelques années et non de juin 2025

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *