Je vous remercie d’être venu pour rendre hommage à un homme discret, un peu secret… Mais surtout à un homme de cœur. Un homme que, curieusement, j’ai beaucoup appris à connaître et à apprécier encore davantage grâce à vous, à vos anecdotes, vos commentaires et vos souvenirs de lui… J’espère sincèrement que ce sont ces petits moments de vie que vous avez partagé avec lui que vous garderez même après son départ… A Ti-Jean… à mon père.
Mon père c’était la force tranquille, le calme de celui que rien ne semblait ébranler ou déstabilisé… Même si quelques mauvais coups de ma petite enfance m’ont fait comprendre que tout se passait par en-dedans : C’est fou ce qu’une simple manette tirée par curiosité, qui s’avérait être le break à bras de l’auto qui s’est mis à reculer sur un grand boulevard de Terrebonne à pu déclencher chez lui… Mes fesses se rappellent encore des cinquante milles douze claques que j’ai eues. Mais surtout c’était une des premières fois que je le voyais s’énerver. Ou encore lorsque je m’étais sauvé de la maison, et qu’il avait quitté son travail, et qu’il m’avait trouvé en passant par une route inhabituelle, son chemin régulier étant bloqué… Je le vois encore marcher de long et large dans la cuisine en mangeant son sandwich. Une coche de plus et c’était la crise cardiaque je crois… Cette fois-là, même si je n’avais que 4 ou 5 ans, j’avais vu la panique dans ses yeux, il semblait dépassé par les événements, je ne l’ai jamais oublié. Mais 99% du temps il semblait toujours au-dessus de tout, et ça j’avoue que ça avait quelque chose de rassurant… Mais c’était vrai jusqu’à quel point ?
D’ailleurs tout ceux qui sont passé par la rue Godard au temps de ma jeunesse et même plus tard savent très bien que, même s’il disait que dormir était une perte de temps, il n’en faisait pas moins le contraire plus souvent qu’à son tour… Et ce peu importe le temps ou l’endroit ; aller ronfler en pleine Place des arts sur un spectacle d’Yvon Deschamps, avouez qu’il fallait le faire… Mais au moins cette fois-là, il l’avait admis et le regrettait amèrement. Pas un souper, pas un feu de foyer ne le tenait éveillé… Dieu merci, la seule place qu’il ne dormait pas, c’était au volant, mais vous dire le nombre de fois où j’ai eu peur que ça se produise…
Richard Séguin a tellement bien résumé ma toute petite enfance avec lui dans sa chanson Chevrolet 59 que je me permet d’emprunter ces mots : « Une ride avec toé, au cœur de l’été, on était les premier à découvrir le fleuve… C’était presque rien, mais on était bien, des mots comme le fleuve, dans des pays muets… » Si vous saviez à quel point ces « rides avec lui » vont me manquer, malgré le peu de mots échangés, ces pays muets dont parle Séguin avec tant de justesse… Pourtant, c’est quand même à lui que je dois mon grand amour des mots et de la langue. Son grand amour pour la chanson française, de Bécaud qu’il adorait à Isabelle Boulay, le dernier coup de cœur que je lui ai connu… Je pense aussi aux bords de la Rivière Saguenay, son si cher Mon village qu’il a tant et tant chanté… Il m’a transmis sa passion pour la musique, mais ne vous inquiétez pas, je ne chanterai pas ici, pour ne pas lui faire honte… Il chantait tellement mieux que moi. Aussi j’ai appris sur le tard que c’était un bon guitariste que je regrette amèrement de ne pas avoir entendu plus souvent.
Jamais je ne l’ai entendu dire un mot gros comme ça contre qui que ce soit… C’était une vrai de vrai bonne personne, c’est aussi ce qui ressort des nombreux mots d’encouragement que j’ai reçus au cours des derniers jours. Tout le monde aimait Ti-Jean, tout le monde le trouvait fin, travaillant, gentil. Il y a aussi plusieurs personnes qui auraient aimé être ici, toute la famille Pimparé entre autres, mais ils le sont vraiment de cœur et en pensées… Ça fait beaucoup de bien à l’âme de savoir qu’il était aussi apprécié. Je suis assuré que de là-haut, il va fabriquer des manteaux et des chapeaux de poil en masse, ce qui a été je crois bien la grande passion de sa vie, la fourrure pour plein de gens qu’il a aimés et qui l’attendaient pour une petite partie de cartes ; ses parents Antoine et madame Alice, ses frères Lucien et Jean-Guy, sa sœur Irène… Son ex-belle maman qui l’a tellement aimé et vénéré, Marie-Jeanne… Et tellement d’autres que j’aurais peur d’en oublier. Je ne m’inquiète pas, je sais que tu es très bien entouré.
On me dit souvent que je suis la copie conforme de mon père… Pourtant s’il y a un côté qui nous a longtemps empêchés de se parler, de se comprendre l’un l’autre, c’est ce foutu silence… Cette maudite manie de tout garder en dedans. Et si je suis autant que lui à blâmer pour la relation difficile que l’on a eue au cours des dernières années, j’essaye le plus possible d’être un Ti-Jean 2.0, version améliorée… Maintenant que je suis à l’heure de bâtir ma propre petite famille avec Karine, ma future femme que j’aime de tout mon cœur et son fils Mathieu que j’aime comme si c’était le mien, c’est d’autant plus important… Des parents souhaitent toujours des meilleures conditions pour leurs enfants. Je fais tout pour qu’il soit fier de ce qu’il voit de son coin de nuage… Alors merci de tout ce que tu m’as transmis et repose en paix… Bon voyage. Tu l’as pleinement mérité.

Je t’aime… Ton fils
