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Casser maison… sans que le CLSC s’en mêle…

UN DROIT OU UN PRIVILEGE ?

Supposons que Thérèse et Simone sont deux sœurs aînées qui, depuis qu’elles sont toutes les deux veuves partagent un petit appartement dans l’Est de la métropole. Mais elles arrivent malheureusement à l’heure de « casser maison » comme le veut l’expression consacrée. Âgées respectivement de 86 et 74 ans, elles ne peuvent maintenant plus vivre seules à la maison. Donc, avec l’aide de leurs proches, elles commencent à regarder les résidences qui correspondent le mieux à leurs besoins… Et évaluer les coûts mensuels reliés à ce nouvel habitat. Comme nous l’expliquait un propriétaire de résidence, « Moi, comme dispensateur de soins, j’évalue combien ça coûte et je dis aux gens c’est tant par mois pour tel et tel service… Si les gens acceptent et ont les moyens de payer ce que ça coûte, je leur offre un service qui répond à leurs besoins et tout le monde est content. »   Comme Simone et Thérèse ont les moyens nécessaires à leurs conditions, il n’y a aucun problème et le CLSC, comme cela devrait toujours être le cas, n’a rien à voir dans leur décision… C’est une entente entre Thérèse, Simone et les propriétaires de la future résidence où elles habiteront qui ne concernent qu’elles. Heureusement ! Mais l’histoire pourrait être différente. Voici le triste récit que nous a soumis Marie-Andrée, la nièce de Simone et Thérèse, qu’Aînés hébergement a décidé de vous raconter…

Supposons que, à peine quelques semaines avant de casser maison, l’une d’elles, Thérèse, parce qu’elle est la plus âgée, fait une mauvaise chute, se casse une hanche et est hospitalisée. Et que, compressions budgétaires obligent, on ne la fait pas suffisamment se mouvoir à l’hôpital, condition essentielle à une guérison pleine et entière, donc sa hanche guérit mal et il en résulte au bout du compte une perte de son autonomie par rapport au jour où elle est entrée à l’hôpital, « Elle était très autonome avant sa chute, et maintenant, même si sa hanche est guérie, elle ne marche presque plus. » constate avec déception et résignation Marie-Andrée. Sans vouloir s’en prendre à qui que ce soit en particulier, elle considère que sa tante n’a pas eu les meilleurs soins possibles et que cela à été un facteur dans la dégradation de son état et de la diminution son autonomie.  

Et voilà qu’après trois semaines d’hospitalisation, on décide, à sa place, qu’elle ne peut plus vivre chez elle. Et la décision affecte sa pauvre sœur Simone qui elle, est aveugle. Et comme Thérèse, c’était les yeux de Simone… Certes, depuis que sa sœur est à l’hôpital, c’est sa nièce Marie-Andrée qui en prend soin, mais cela ne peut durer éternellement, c’est une mesure temporaire… Et tous, Thérèse la première s’entendent la-dessus. Comme la résidence idéale est trouvée, les deux sœurs l’ont visitée avant que Thérèse ne soit hospitalisée, comme une multitude d’autres en fait, et ont été agréablement surprises… L’endroit est magnifique et répond parfaitement à leurs besoins… En prime à moindre coût que ce qu’elles s’attendaient… C’est en réalité plus qu’une résidence, c’est une famille d’accueil, exactement ce que recherchait Thérèse et Simone. Normalement, ça ne fait que précipiter les choses, Simone et Thérèse devraient donc aller vivre dans la résidence de leur choix, qu’elles paient elle-mêmes en outre, simplement un peu plus tôt que prévu. À moins que l’hospitalisation et la nouvelle condition de Thérèse ne pose problème… Mais Marie-Andrée s’est informée : moyennant un léger supplément, pour couvrir les soins supplémentaires, que Thérèse comprend et accepte de bon gré, son état ne cause pas de problème particulier, simplement un peu plus de soins auquel la résidence répondra aisément, au grand soulagement de tous. Erreur !

Dès lors, attention. Le CLSC du quartier où habitaient les deux sœurs, qui est délégué par le centre hospitalier pour prendre charge des deux aînées, s’empare du dossier de Thérèse et Simone. Pourtant, lors d’une enquête récente d’Aînés Hébergement sur un sujet connexe, il a été spécifié à trois reprises et par trois intervenants différents du milieu que «  Le CLSC n’a pas le mandat ni les informations requises pour prendre une décision. Son seul mandat se limite donc à suggérer une résidence, voire à offrir un répertoire des ressources disponibles lorsque cela s’avère possible, mais la décision finale revient toujours à la personne et à ses proches… Et en aucun cas, le CLSC ne doit faire entrave à cette décision. » Est-ce donc dire que le CLSC à outrepasser son mandat dans l’histoire de Thérèse et Simone ? C’est à tout le moins ce que croit fermement Marie-Andrée et sa mère.

Faire valoir leurs droits à aller dans cette résidence devient alors une bataille puérile et inutile, surtout à cet âge où le repos et la tranquillité d’esprit devait être une marque de respect… Marie-Andrée et sa mère Jeannine, la sœur de Thérèse et Simone, en savent quelque chose, c’est elles qui ont entrepris les démarches au nom des deux sœurs démunies, qui ont multipliés les interventions pour que leurs choix de résidence soit respecté… Malgré tout, dans un curieux excès de zèle procédural, le CLSC  s’est entêté à respecter le protocole à la lettre et à soumis une liste de résidences potentielles pour Thérèse et Simone… Une liste dans laquelle rien ne convenait vraiment à Thérèse et Simone, qu’elles n’ont consultée que par obligation en fait,  puisque leur choix était déjà fait, ce qui n’a vraisemblablement pas plu au CLSC. Et comme, aux yeux du CLSC du moins, le montant que demandait la dite résidence, par ailleurs parfaitement inconnue du CLSC, pour offrir  les soins que recommandait l’état de Thérèse et de Simone leur paraissait nettement insuffisant, ils ont décidé qu’elles ne pouvaient carrément pas aller là, que ce n’était pas assez cher pour les soins que nécessitaient Thérèse, aussi ironique que puisse paraître l’argument ! « Alors qu’ils n’en avaient absolument pas le droit, ils n’ont rien a voir dans ce dossier » soutien avec rage et surtout beaucoup de tristesse Marie-Andrée.

Finalement, comme le montant en question n’était pas le bon, c’était le montant proposé avant l’hospitalisation de Thérèse, que le nouveau montant « convenait » au CLSC, ils ont finalement acquiescé à la demande des deux aînées. Mais il aura fallu une bataille en règle de Jeannine, la mère de Marie-Andrée, une multitude de coups de téléphone et deux longues semaines de négociations intensives, ce que déplore profondément Marie-Andrée… Certes, comme dans les belles histoires, tout est bien qui finit bien, mais tout ce temps perdu, toute cette énergie inutilement déployée pour convaincre un organisme qui s’est ingéré dans le dossier d’une évidence et surtout tout le stress inutile qu’ont vécu Marie-Andrée, sa mère et ses deux tantes absolument pour rien, voilà en gros tout ce que dénonce Marie-Andrée. Elle voudrait éviter tout cela à d’autres et ne jamais voir cette situation se reproduire. Le droit de choisir, le respect de la personne âgée et surtout le droit de « casser maison » sans que le CLSC ne vienne s’ingérer dans la vie des aînées, pour reprendre une publicité célèbre « Ça n’a pas de prix ! ».     

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