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Aînés et Artistes… Où quand le clown est triste…

« Le clown est triste… » chante Pier Béland avec émotion. Cette réflexion nostalgique ne pourrait mieux s’appliquer au portrait que nous a dressé monsieur Paul Matthieu, directeur du Chez nous des artistes, de ses locataires au statut particulier. Aînés hébergement s’est entretenu avec lui, afin de mieux faire connaître ce complexe immobilier à vocation très particulière. Le chez-nous des artistes est une heureuse initiative de logement qui a vu le jour en 1987, suite au regroupement de quelques-uns uns d’entre eux dans le but de prendre soin des moins bien nantis et de leur offrir des habitations à des prix accessibles. « On les aide, dans le sens que les loyers, sans être donnés, sont tout de même à un coût très abordable…En plus on a des subventions pour ceux qui arrivent vraiment pas. » Comme son nom l’indique, cette corporation d’habitation pour aînés autonomes s’adresse tout particulièrement à tous les « artistes » de 50 ans et plus, au sens le plus large possible que ce mot peut toucher, M. Matthieu s’appuyant ainsi sur la définition du Code canadien des arts et des lettres qui dit que : Tout artiste étant une personne qui a touché un des arts définis, que ce soit l’architecture, la peinture, la musique, le théâtre etc.  « Cela regroupe autant les gens plus connus du domaine de la télévision que les peintres, les écrivains ou même les gens de l’ombre, les caméramans, les preneurs de son, les réalisateurs par exemple. Mais, par contre, c’est sur que la très grande majorité de notre clientèle se compose de membres de l’Union des artistes, je dirais que somme toutes près de 60% des membres sont passés par ici ou habitent encore la maison. » nous explique M. Matthieu.

Aînés et artistes

D’entrée de jeu, monsieur Mathieu parle de la grande compétitivité qui existe au départ entre les artistes : « Par définition, un artiste c’est quelqu’un qui prend la job d’un autre, si tu veux prendre ta place, faut forcément que tu déplaces quelqu’un d’autres qui sort… C’est comme dans un groupe, c’est toujours 5, jamais 6. Donc si tu rentres dans un groupe, faut qu’il y en ait un qui sorte, tu peux pas être le 6e, sinon tu pars ton groupe, mais dans le marché, ça aussi ça l’as ses limites. » C’est ce sens très compétitif entre les artistes qui les rendent toujours un peu méfiants à l’égard des nouveaux qui arrivent, qui se confirme aussi par le fait que très peu d’artistes sont d’accord par exemple, avec les phénomènes de télé réalités, style Star académie… Un Wilfred ou une Marie-Élaine qui prend de l’espace média c’est forcément un autre artistes, plus « vrai » qui en est privé… C’est un peu ce qui amène le triste état dans lequel ils sont brutalement plongé à l’aube de la retraite, le milieu est tellement petit et fermé que les mise en tablette son quasi inévitables….

Monsieur Matthieu nous dresse ensuite un portrait triste mais néanmoins remplie de réalisme de ce que représente le double statut d’aînés et d’artistes au Québec.  «C’est difficile, nous dit-il d’entrée de jeu,  C’est pas un mouroir ici, prend-t-il soin de préciser, mais avec des bémols qui donne à réfléchir :  On se le cachera pas, la condition des vieux artistes au Québec est difficile, plusieurs sont pauvres, voudrait tellement travailler encore mais  au Québec, quand tu as passes 50 55 ans, tu n’as plus d’appel souvent. Tout le monde voudrait continuer mais ils sont mis sur des tablettes par le milieu… Disons qu’ils prennent ça assez rough. Surtout pour quelqu’un qui a toujours été populaire, qui a fait de l’argent qui rentre et qui sort, comme une rivière… Ils ne pensent pas toujours à en mettre de côté, à se prévoir un fond de pension, c’est pour ça que souvent ils rentrent ici et n’ont plus une cenne qui les adorent. Il y en a quelques-uns uns qui sont appelés par les agences pour faire de la publicité par-ci par-là ou encore pire de la figuration, ce qui est un peu humiliant pour quelqu’un qui a été en vue toute sa vie, mais rarement plus que ça. Surtout que les artistes sont des gens qui ont encore plus besoin d’être écouté, d’attirer l’attention et qu’on s’occupe d’eux que les autres… Le problème c’est que tout le monde pense que c’est éternel la gloire… Mais c’est loin d’être le cas. » nous explique-t-il. Ce qui explique qu’environ 30 des 78 logements dont il s’occupe à temps partiel, soit deux jours semaine, sont subventionnés par l’état qui donne des bons d’accès au logement qu’un comité du Chez nous des Artistes remet au moins bien nantis de ses locataires pour alléger le coût de leur loyer. 

« Le pire dit-il, sont ceux qui sont pauvres et qui fument, bien souvent dit-il, ces gens se retrouvent devant un bien drôle de dilemme, manger ou s’adonner à leur vice. Quand tu reçois par exemple 500$ par mois de pension, et que tu fumes un paquet par jour, ça fait 300$ qui part en cigarettes, disons qu’il en reste pas beaucoup pour le reste » donne-t-il à titre d’exemple. « Il dit, sans nommer de noms, qu’il y a eu quelques cas pathétiques dans ce sens. »  Monsieur Matthieu explique aussi que certains ont doit à un fond de pension de l’Union des artistes, mais qu’il s’agit d’une minorité. Il dit que, selon lui les Artistes de cabaret sont les plus mal pris, car leur art à pratiquement disparu et leur syndicat indépendant, car explique-t-il, on ne voulait pas voir les danseuses par exemple, associés à l’UDA, n’a jamais eu de force au sein de l’industrie. Donc, en majorité ces artistes là se retrouvent aujourd’hui sans grands moyens.  Il conclut en disant qu’il n’y a, à proprement parler, pas d’artistes qui vient bien à Montréal, si on excepte une poignée de privilégiés. À peu près 200 selon lui. Mais pour les autres… « En se sens, heureusement qu’il y a la maison ici, parce que, si il n’y avait pas la maison ici, ils seraient pas bien, soutient-il, nos gens sont heureux, super bien traités et valorisés. Ils ont aussi un environnement agréable, avec des beaux logements, des terrasses, un coin agréable, un quartier qui leur ressemble. En fin de compte on a créé un fort sentiment d’appartenance et un milieu de vie très intéressant pour eux. C’est en quelque sorte l’image qu’on veut que les gens retiennent de la maison. Si les gens restent aussi longtemps et qu’ils partent pas, c’est un signe qu’ils sont heureux. »

Parmi les aspects que monsieur Matthieu voudrait qu’on retienne de son complexe, il souligne l’entraide et l’esprit de service qui existe entre les locataires. Il donne en exemple le cas du comédien Guy Provencher, qui faisait Bill Wabo dans Les Belles histoires, qui tout en étant autonomes, nécessite plus de soins que la majorité des locataires, monsieur Matthieu explique qu’il trouve parmi les autres locataires tout le support et les soins dont il peut avoir besoin. Monsieur Matthieu explique aussi que, dans ce sens, malgré la grande compétition qui peut exister entre les différents artistes d’un même secteur, parallèlement à cela, des gens qui ont vécu dans le même milieu développe aussi un fort sentiment d’appartenance au milieu, au Chez-nous des artistes, et cela se manifeste souvent dans les soirées de retrouvailles, dans les aires communes et dans les relations que les locataires développent entre eux, ce qui est très important et très caractéristique du Chez-nous des Artistes, selon Monsieur Matthieu.

 Le complexe

Il insiste sur le fait que le complexe de 78 appartements répartis sur trois étages, qui ne comporte que des 3 ½ et des 4 ½, à été conçu spécifiquement pour des gens entièrement autonomes, il n’y a donc à proprement parler aucun service. C’est d’ailleurs ce qui provoque la majorité de ces rares départs, généralement les gens quittent le Chez-nous des artistes soit parce qu’ils décèdent, soit parce qu’ils sont trop malades pour y vivre, très rarement pour d’autres motifs. En 17 ans, il soutien n’avoir été témoin que de trois cas d’expulsion, dont celui de la diva Alys Roby, « Alys Roby, c’était un cas, résume-t-il, sans entrer dans les détails. »

Les seules pièces communes sont un salon à chaque étage à la sortie de l’ascenseur et une salle communautaire au rez-de-chaussée où ont lieux partys à l’occasion et retrouvailles. Outre Monsieur Matthieu, le Chez-nous des artistes ne compte qu’un seul autre employé à temps plein, un concierge. Il y aussi une comptable à temps partiel, mais il affirme que c’est parce qu’il ne voulait pas de cette partie de l’emploi, ayant lui-même un autre commerce à faire fonctionner ailleurs, mais l’ancien directeur s’acquittait aussi de la comptabilité, en faisant quatre jours semaine au lieu de deux, dans son cas. Bien que la priorité soit toujours offerte aux artistes pour la location, il arrive, dans certains cas, comme une vacance impromptue ou un décès de l’artiste d’un couple, que certains locataires ne soit pas associés au domaine artistique, mais c’est la minorité. Présentement il évalue à entre 10 et 15 le nombre de logements habités par des non-aristes, soit environ 15 % à 20% des locataires. Il affirme aussi que les locataires ne changent pas beaucoup au fil des ans, sauf s’ils ont a partir à cause de la maladie ou encore d’un décès. Ainsi, la moyenne d’ancienneté tourne autour de 10 ans et 15 d’entre eux sont là depuis les tous débuts, il y a 17 ans. 

Les débuts de la maison ne furent pas faciles, nous dit Monsieur Matthieu, les artistes étant ce qu’ils sont, ce sont souvent des rêveurs, ce qui explique qu’au commencement ça été un peu le cahot. Ensuite, cette mauvaise image de départ s’est un peu propagée dans les médias et parmi la communauté des artistes en général. À un certain moment donné, c’était devenu un espèce de running gag entre artistes, genre si tu continue de même, on vas te punir, on vas t’envoyer au Chez-nous des Artistes, constate Paul Matthieu non sans une légère amertume mais surtout beaucoup de tristesse. Mais heureusement, dit-il cela à été corrigé avec l’aide de l’UDA et les journées portes ouvertes avec d’anciens artistes qui sont devenus un peu comme des porte-paroles de la maison pour changer complètement les mentalités et l’image de la maison. Une fois par année, conjointement avec l’UDA on invite tous les anciens artistes de 70 ans et plus et on organise une grande fête, ça c’est très apprécié par tout le monde et ça beaucoup changé l’image que les gens avait du Chez-nous des Artistes conclut monsieur Matthieu. À titre « d’ambassadeur » il souligne particulièrement le travail de Roger Sylvain qui a beaucoup fait pour promouvoir la maison…

C’est pourquoi lorsque, après quelques années de bénévolat sur le Conseil d’administration de la maison, il en est devenu le directeur il y a un an et demi, c’est le premier dossier auquel il s’est attaqué, défaire cette fausse opinion qu’on avait de la maison d’abord, puis se monter une liste d’attente, qui compte aujourd’hui quelques 32 noms nous souligne-t-il avec fierté, afin de prévenir les départs et faire en sorte que la totalité des logements sont toujours occupés. Monsieur Matthieu dit aussi beaucoup fonctionné par recommandation de ses propres locataires pour choisir ses futurs clients : « Du bon monde qui recommande du bon monde, ça vas super bien dans ce temps là… »  Mais du même souffle, il soutient que c’est un travail particulièrement prenant : Les artistes ayant, selon lui, besoin de beaucoup plus d’attention que les autres. « Par exemple, le deuxième lundi que je suis arrivé, sur ma boîte il y avait… 91 messages. Ça m’as pris une journée pour faire le tri et donner suite à tous les appels. J’ai dit ça n’as pas de bon sens. J’ai rencontré tous les intéressés et on a mis les choses au point…. Mais même aujourd’hui ils sont constamment dans mon bureau, les jours où je suis là, il y a toujours quelque chose à régler. Mais c’est plus vivable parce que j’ai mis des limites et que je suis là juste deux jours semaine… Heureusement. » nous explique-t-il. En 17 ans d’histoire du Chez-nous des artistes, bien que le premier directeur ait été en poste durant 5 ans, il est le… 17e directeur, si on tient compte des quelques intérimaires qui ont occupés le poste très peu longtemps…

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