Aller au contenu

Extrait du chapitre 6 de Comme les vagues du Fleuve…

 » Son toit de tôle rouge solide se démarquant du couvert de feuillages aux teintes de vert était la première chose que l’on pouvait remarquer lorsqu’on empruntait la Montée de l’Épinette Fraîche, en entrant dans le village de Corail-des-Eaux. Au fur et à mesure que les rayons du soleil apparaissaient, on pouvait commencer à apercevoir le découpage de la maison. Solidement bâtie, d’une structure de bois arrondi d’érable rouge, matériaux privilégiés dans la région étant donné sa résistance au climat, ainsi que son apparence richissime par les veinures de son bois, ou encore sa couleur impossible à reproduire intégralement, en faisait une résidence que plusieurs aquacoraliens enviaient secrètement. Tout contribuait à donner à cette maison de plus d’un siècle et demi d’histoire un cachet particulier : Sa solide charpente de bois surmontant une base de pierre des champs, glanées ça et là dans les environs. Ces pierres rondes et d’une couleur rosée veinées de courants bleus, étaient un délice total à la vue. Un expert en la matière, de passage dans la région avait d’ailleurs déjà déclaré que ce curieux amalgame était unique à la région et n’existait nulle part ailleurs sur la planète. On pouvait y deviner la grande qualité de la construction et l’imagination fertile du bâtisseur qui avait un jour décidé d’y installer ses pénates. La terre appartient à la famille Des Bretagne depuis sept générations. »   

C’est un vieux manuscrit signé de la main même de leur grand-père Jogue qui leur apprend tout cela, leur permettant de prendre connaissance de l’histoire exceptionnelle de la terre où ils se trouvent. Comme Jérôme et Jade sont rentrés hier soir de leur voyage de noce à Agadir au Maroc, Jérémie leur a officiellement remis les titres de la terre familiale pour la passation des pouvoirs. Ils sont donc les Nouveaux Seigneurs comme ils disent, non sans une certaine dose d’autodérision, depuis ce matin. Et avec toute la paperasse venait le grand coffre d’érable de la chambre des maîtres, qui contenait jadis le trousseau de mariage de Marie-Marthe… Et le journal personnel de Jogue. Comme celui-ci a sa propre petite maison « du côté de Thomas » si on peut s’exprimer ainsi, ce n’est que demain que Jérôme et sa nouvelle épouse passeront le voir pour le remercier pour ce cadeau inestimable que constitue ce journal et l’entendre de vive voix ajouter ses souvenirs à l’histoire…  

Comme Jade est exactement à mi-chemin entre les deux frères en termes d’âge, (Miguel vient d’avoir vingt-six ans et Jérôme vingt-deux, pour sa part Jade en a vingt-quatre) elle connaît tout autant Miguel que Jérôme, pour les avoir mutuellement côtoyé à l’école, avant de s’amouracher du plus jeune des frères Des Bretagne. Étant une fille de Saint-Aristote, elle a fréquenté l’école secondaire de Saint-Épherdichnob, la même que Miguel, bien avant qu’elle ne commence à fréquenter Jérôme en fait, (ce qui ne s’est fait qu’à partir de son quatrième secondaire dans son cas). Miguel a donc eu la chance de travailler en équipe avec elle à quelques reprises au secondaire et au CEGEP de Beauce-Appalaches où ils s’étaient retrouvés tous les deux par la suite. Jérôme, pour sa part avait décidé d’étudier à La Pocatière juste un peu plus loin, en technique agricole, sa plus grande passion dans la vie. Il savait très bien que la terre lui reviendrait tôt ou tard, n’intéressant pas vraiment aucun de ses trois frères et que des études dans ce domaine lui seraient particulièrement utiles. Comme Miguel est aussi proche de Jade qu’il peut l’être de son frérot, il est donc doublement heureux pour eux, que leur union soit maintenant officielle, même s’il a vu grandir leur amour depuis longtemps déjà. Presque quatre ans en fait que Jérôme et Jade sont ensemble… Un amour qui a pris naissance sur les bancs d’école, comme c’est souvent le cas dans les histoires d’amour… Mais celle-ci dure encore et toujours, contre vents et marées.

Puisqu’il avait quelques jours de repos, Miguel a accompagné Jérémie à l’aéroport Trudeau à Montréal pour aller quérir les grands voyageurs qui rentraient d’Afrique, directement de l’Aéroport Al Massira d’Agadir en fait, après leur voyage de noces. De plus, il passera les trois prochains jours à Corail-des-Eaux avant de retourner à Saint-Athanase au début de la semaine prochaine.

— C’est sûr, comme on est des nouveaux mariés, avoue-elle candidement avec le plus beau des sourires, c’est surtout La Ménara, ce grand jardin planté d’une quarantaine de variétés d’oliviers qui nous brûlait de voir, on dit que c’est un des endroits le plus romantique de tout Marakesh… Et j’avoue qu’on a été inspirés en masse, dit-elle avant d’éclater de rire, tant de gêne que de bonheur.

— La Ménara c’est une véritable oasis de verdure en plein cœur de Marrakech, renchérit Jérôme, lui aussi fortement impressionné par les jardins spectaculaires. Ça a quand même été créé au milieu du 12e siècle, c’est pas rien… par les Almohades, d’après ce que notre guide nous a dit. Le jardin, qui compte parmi les plus anciens de Marrakech, c’est une immense oliveraie dans laquelle il y a des palmiers et des cyprès. C’est un endroit très apprécié des couples qui cherche un endroit paisible pour pique-niquer entre autres, eux ils appellent ça Nzahat… Imagine on s’est même rendu là en calèche, c’était tellement romantique !! Je retournerais demain matin… 

— Il y a tant de choses à dire sur cette belle ville, tant de choses à voir. Avec plus de six kilomètres de plage de sable fin, au-delà de trois cents jours d’ensoleillement par année… Tu te rends compte, pratiquement jamais d’hiver. Le port avec tous ses mouvements de bateaux et d’activités nous a particulièrement impressionnés. En plus, juste pour voir la « criée » des pêcheurs, tous les matins, ça vaut le détour… Ils se mettent littéralement en rang sur le bord de la plage et se mettent à crier à savoir qui a le poisson le plus frais et le meilleur… Nous avons beaucoup ris quand nous avons vu ça Jérôme et moi, c’est un phénomène unique qui me rappelle la vie de mes grands-parents, qui faisait ça avec les animaux ou les instruments de ferme qu’ils souhaitaient vendre de temps en temps. Ça se faisait après la messe directement sur la terre derrière la maison. J’avoue que je ne me souviens pas très bien de ça, ce sont mes grandes sœurs qui m’ont racontés, confie la belle Jade, intarissable depuis le départ de l’aéroport, ce qui fait bien sourire les deux frères… 

Agadir… « Le grenier de tous… » en arabe, un peu comme nos prairies, avait-elle fini par comprendre à force de côtoyer les gens de la grande ville marocaine.  Heureusement, le français étant l’une des langues officielles de la ville, si on peut dire, ils n’ont eu aucun mal à se faire comprendre. Évidemment pour une épouse de cultivateur, cette explication agricole des origines du nom d’Agadir revêtait un sens bien particulier. Uniquement pour cette petite raison d’ordre linguistique, ce voyage resterait à jamais gravé dans son cœur. Sans compter le reste bien sûr… songe-t-elle, non sans un petit sourire espiègle et malicieux tandis qu’elle regarde Jérôme droit dans les yeux, se rappelant tout particulièrement un souper hyper romantique, qui s’était amorcé avec un coucher de soleil… Un succulent repas cinq étoiles pris sur les remparts de Tiznit… Une journée de rêve dont ils se rappelleront toute leur vie… Le rêve à l’état pur dans ce qui est aujourd’hui la plus grande station balnéaire du Maroc. Jade n’avait que de beaux souvenirs à raconter tandis qu’elle prenait place entre Jérôme et Miguel dans la camionnette qui allait les ramener jusqu’à Corail des Eaux… De longues heures à se remémorer et à raconter la quinzaine magique qu’ils venaient de vivre : Ces paysages à couper le souffle, avec ses immeubles blancs, ses larges boulevards fleuris, ses hôtels modernes et ses cafés de style européen. On peut dire qu’Agadir n’est plus une ville typique du Maroc traditionnel, mais c’est une cité moderne, active et dynamique, résolument tournée vers l’avenir.

Jade se rappelle de ses boulevards vastes et dynamiques : Mohammed V et Hassan II, la Vallée des Oiseaux, les avenues du Général Kettani, Mohammed VI, Moulay Abdellah et Mokhtar Soussi ainsi que de la grande avenue des FAR (Forces armées royales). Mais c’est la Place des deux fontaines qui mène au grand théâtre de verdure que les amoureux se rappelleront longtemps. Jade retiendra aussi de son séjour la grande folie qui anime les marchés… Les souks, comme ils disent là-bas. Ce sont de grandes places où on peut trouver de tout, surtout des légumes et des fruits frais… Les bananes entre autres qui sont célèbres dans toute la région sont hallucinantes, on s’est fait des smooties à tomber par terre avec ça. Mais il y a aussi des grandes tables de produits artisanaux, d’où on a d’ailleurs ramenés des petits souvenirs pour tout le monde, attendez de voir ça. Juste pour les odeurs et les couleurs, c’est magique. Ça sentait le safran, la cannelle, le cumin, le thym… » « C’est la folie furieuse, renchérit son mari, tout à coup animé, et les gens nous ont confirmés que c’est comme ça 365 jours par années… Mais où moins contrairement à Montréal, personne n’est stressée ou de mauvaise humeur… Chacun prend son temps dans la cohue des Souks, comme ils disent… Chacun mène sa petite affaire, c’est juste qu’il y a pas mal de monde au pied carré qui mène sa petite affaire en même temps. » lance–t-il en éclatant de rire.  

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *