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Extrait du chapitre 3 de Comme les vagues du fleuve

Après l’ « Aventure » avec Nadia, – ce qu’il déteste ce mot qui ne dit rien de toute l’intensité qu’ils ont vécu au cours des dernières semaines, mais il n’en a pas trouvé d’autre pour résumer la folle passion qu’ils viennent de vivre – conclue par cette longue discussion déchirante au terme de laquelle ils ont conclus ensemble qu’ils ne seraient finalement que des amis, cette expérience de travail au Pérou tombait particulièrement à point dans sa vie. Sans rien fuir, sans se sauver, il avait simplement besoin d’une pause, d’un moment pour faire le point, mettre tout ce qu’il avait vécu au cours de la dernière année en perspective… C’est donc avec un certain détachement mais une confiance totale en le fait qu’il serait choisi qu’il a soumis sa candidature à ce projet de travail communautaire que le club Lionceau avait affiché à la porte de la salle paroissiale de Corail-des-Eaux ce dimanche matin de septembre.

Achevant de faire les foins chez son frère Jérôme pour un deuxième été consécutif sous sa houlette, même si, contrairement à l’été dernier, il passait aussi beaucoup de son temps à Québec, c’est presque par hasard qu’il était allé au déjeuner communautaire que le club Lionceau organisait chaque premier dimanche du mois à la salle Newton Elséopre de Corail-des-Eaux, davantage pour accompagner Jérémie, Jérôme et Jade qu’autre chose. Sinon simplement pour le plaisir de partager un succulent petit déjeuner à un prix très raisonnable sans se casser la tête (des œufs, du bacon, du jambon, des saucisses, des rôties, des pommes de terre rissolés et des pancakes, tout cela à volonté pour douze dollars par personne…) tout en aidant une bonne cause, celle de la jeunesse aquacorallienne.  Il était bien loin de se douter qu’une offre allait de nouveau changer le cours de sa vie : Cette affiche épinglée au babillard au fond de la salle attira particulièrement son attention. Le club Lionceau, par l’entremise de son volet Aide internationale en collaboration avec les Disciples de Saint-Paul, offrait à dix volontaires du Québec de participer à un projet de travail communautaire de six semaines entre Octobre et Novembre mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf dans deux centres de Cuyoclla, un petit village du nord du Pérou, supervisés par les Disciples de Saint-Paul.

Il note rapidement les coordonnées, avant de retourner à la table. Son idée est toute faite, dès le lendemain, sa lettre de présentation est dans la poste avec toute la nonchalance du « Advienne que pourra ». Après tout la limite pour les candidatures est pour le neuf septembre, ce qui le rend un peu dernière minute, puisque nous sommes le cinq lorsqu’il la dépose. Dans son for intérieur, en concordance avec ses prières les plus ferventes, Migui n’en finit plus de s’excuser et de s’auto-confesser avec toute la sincérité du monde. Il supplie presque son Dieu de lui permettre de vivre cette expérience unique, sachant que cela lui donne la plus belle des occasions de réfléchir, de se ressourcer, tout en se rendant utile. C’est encore ce qu’il sait faire de mieux. Naturellement, l’expérience haïtienne à sûrement pesé de tout son poids dans la balance, sa candidature se dotant alors d’une solide expérience qui lui serait fort utile au Pérou. C’est donc avec soulagement et surtout beaucoup de joie qu’il reçoit l’appel tant désiré moins de deux semaines plus tard ; sa candidature vient d’être confirmée… Il pleure littéralement, tant de joie que de soulagement en regard de tout ce qu’il vient de vivre.

Rendez-vous à la Maison mère du club Lionceau pour le Québec, si on peut dire, dans la grande ville de Montréal, ce jeudi quatorze octobre à treize heures afin de remplir les dernières formalités, passeport, vaccins, assurances, etc. Puis rencontrer les autres participants du projet. De là, on avait réservé un petit bus pour amener tout le monde au Grand Séminaire de Montréal le temps d’une fin de semaine de formation et de discernement offert conjointement par le Club Lionceau et les Disciples de Saint-Paul. C’est depuis le grand séminaire, dimanche après l’office religieux, que les participants prennent la direction de l’Aéroport Pierre-Elliot Trudeau pour le vol de dix-sept-heures trente vers Callao au Pérou dans un premier temps, une longue ballade de près de cinq cents minutes qui s’annonce, puis de là, deux à trois autres heures d’autobus cette fois, leur avait-on dit, en direction du petit village de Cuyoclla, nichée à la frontière de l’Équateur.

La maison mère du Club Lionceau est située dans un grand complexe commercial du Boulevard Saint-Joseph, à l’angle de l’imposante rue Saint-Denis, reconnue surtout pour ses terrasses par les gens qui, comme lui, n’étaient pas des habitués de la métropole. Miguel n’eut  cependant aucun mal à trouver l’endroit qui était très bien identifié. Partie de Corail-des-Eaux très tôt jeudi matin, presque dans la nuit, il se pointa dans le secteur un peu passé 10h… Il avait donc tout son temps pour repérer et l’édifice en question et un endroit sécuritaire où stationner sa voiture pour quelques jours, le temps de demander à François de venir la prendre puis de reprendre la route de Corail-des-Eaux avec le véhicule. C’est finalement vers 12h15 qu’il se pointa au troisième étage, où se situait les locaux de la maison mère. Il n’était que le deuxième arrivée, Nathan étant sur place depuis quelques minutes à peine… Comme lui aussi était un futur prêtre en formation au grand séminaire de Québec, mais pour le diocèse de Trois-Rivières, les deux se sont naturellement décelés des atomes crochus, eux qui allaient éventuellement se recroiser dans la grande institution ecclésiastique quelques mois plus tard…  Les autres allaient suivre au fur et à mesure que les minutes se rapprochaient de 13h.    

Après avoir vacciné tout le monde, une infirmière du CLSC tout près s’étant déplacé pour l’occasion, remplit la nombreuse paperasse pour les assurances et vérifiés les passeports de tout le monde… Les participants furent invités à passer à table pour un repas frugal et communautaire. Pour l’occasion, on avait préparé un mini buffet pour les onze participants. Rien de bien compliqué ; des sandwichs, des crudités, quelques pâtisseries comme dessert… en plus de deux bouteilles de bourgogne. Ça serait convivial en plus d’être le cadre idéal pour permettre à tous de faire connaissance une fois les formalités complétées pour tous, soit l’affaire d’une petite heure. Il y aurait sur ce projet 7 hommes et 4 femmes issus des quatre coins du Québec.

Outre Miguel, il y avait Marc Simard un étudiant au doctorat en études religieuses de Sherbrooke, Nathan Lemire-Hénault, futur prêtre tout comme Miguel, de Saint-Frédéric de Beauce, avec lequel il se reconnut naturellement un peu plus d’affinités, Gérard Landreville, un travailleur social de rue de Québec, Émilie Lépine elle aussi travailleuse de rue mais à Montréal, Caroline Cossette quant à elle était fraîchement sortie de la faculté de droit, spécialisée dans le droit des libertés humaines, de l’Université de Montréal, mais native de Mont-Laurier dans les Hautes Laurentides, ce voyage servirait de « vacances » avant de débuter sur le marché du travail, un emploi prestigieux l’attendant déjà au Consulat des États-Unis à Montréal. Xavier Poitras un professeur d’histoire et de géographie de Gaspé qui a pris une année sabbatique pour participer au projet, Bénédicte Doullèzes une jeune religieuse d’origine française comme son nom l’indiquait, mais qui réside chez les Sœurs de la Très Sainte Trinité de Trois-Rivières depuis presque six ans, Vivianne Arsenault future policière de Gatineau qui détonnait le plus du groupe de par son cheminement et son âge, 17 ans à peine, qui en faisait naturellement la cadette de ce groupe. Inversement François Saillant, un exégète retraité de 62 ans de Roberval était l’aîné, presque le patriarche du voyage et Charles-Antoine Desgroseillers un interne de Rouyn-Noranda qui participe à ce projet comme « stagiaire » médical complète ce bien drôle de portrait.

Le petit dîner improvisé fut fort agréable… Bien que parlant à tout le monde et étant à l’aise avec chacun, Miguel se découvrit cependant davantage d’affinités avec ceux qui, du groupe gravitaient autour du « religieux » comme Marc, Nathan, Bénédicte et François. Yvan Royer, Disciple de Saint-Paul et aumônier délégué auprès du club Lionceau au niveau provincial faisait aussi partie du voyage à titre de coordonnateur et de lien entre tous les participants. Tout se déroula fort bien et c’est dans la joie et la bonne humeur, qu’une fois le repas avalé et les présentations faites le petit groupe descendit rue Saint-Denis où un petit autobus les attendait. Tout en poursuivant les conversations, chacun prit place dans le véhicule. Direction le 2065 Sherbrooke Ouest, le grand Séminaire de Montréal les attendait.  

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