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Communication coupée de la vie

                         Identifier pour mieux s’écouter
                                                                     Par Sébastien Lévesque
Lors d’un
premier article, une rencontre avec Daniel Pépin, disciple de Thomas D’Ansembourg
et conférencier sur la communication non-violente nous a permis de prendre
contact avec cette aptitude à la communication qui favorise les relations et
les échanges agréables. Dans un deuxième temps, j’ai voulu définir les origines
de la colère et de la violence qui nous pousse parfois à s’emporter et à
ignorer presque d’instinct les principes d’une communication agréable envers
autrui. « La colère que l’on projette sur les autres vient presque
toujours du fait que l’on nie ce qui se trouve en soi, que ce soit la colère,
la honte ou la tristesse qui nous habitent ou encore nos besoins non satisfaits
qui sont à l’origine de l’altercation. » souligne avec pertinence monsieur
Pépin d’entrée de jeu.
Marshall B.
Rosenberg, le fondateur de cette méthode nous dit que la Communication non
violente repose sur les principes suivants  : « Exprimez avec clarté
ce qui se passe en moi sans faire de reproches ni de jugements ans un premier
temps, puis Exprimer mes demandes clairement et sans qu’il y ait d’exigence en
tenant compte des facteurs suivants : 1) Les observations de ce qui
contribue ou non à mon bien-être ou à mon mal-être. 2) Comment je me sens en
relation avec ces actions. 3) Les besoins qui sont à l’origine de mes
sentiments. 4) Les actions concrètes que je voudrais voir entreprises.
On peut
s’exprimer en termes suivants pour favoriser l’expression de ces besoins :
Lorsque je vois ou j’entends tel chose…
Je me sens de telle façon… Parce que j’ai besoin de ceci ou cela… Et
j’aimerais que tu poses ou que vous posiez tel geste, telle action concrète.
Parmi les
« trucs » pour ne pas exploser à la face des autres, monsieur Pépin
parle d’abord de « prendre conscience de ce qu’on n’a appris. L’être
humain est souvent rempli de mécanismes en place depuis l’enfance qui nous
porte, pour des raisons multiples comme la volonté de ne pas décevoir, la peur
d’être abandonné ou de ne pas être aimé, à mettre régulièrement de côté nos
aspirations profondes et nos besoins les plus fondamentaux pour mettre de
l’avant ce à quoi on s’attend de nous. C’est cette place aux mécanismes
automatisés en nous que Monsieur Pépin appelle la Communication coupée de la
vie, ou ce qui nous coupe de l’autre. Elle est souvent à l’origine de nos
relations conflictuelles, comme si une opposition entre ce que l’on fait et ce
que l’on voudrait faire naissait à l’intérieur de nous.
 
Déni des Responsabilités
Dans ces
Communications coupées de la vie monsieur Pépin inclus le déni des
responsabilités : « Je ne suis pas responsable, c’est toujours de
l’autre que dépend mon bonheur ou mon malheur… On est alors constamment déçus
puisqu’on met en l’autre des attentes qui ne lui appartiennent pas.» Monsieur
Pépin souligne aussi que toute notre éducation judéo-chrétienne est axée
là-dessus, que ce soit à la maison ou à l’école, il fallait toujours satisfaire
aux exigences de quelqu’un, tantôt nos parents, tantôt les professeurs ou les
directeurs. « Mais jamais personne ne nous demandait ce qu’on pensait de
ça, si on était capables, ce qu’on ressentait en dedans… Chez nous par
exemple, jamais je n’ai eu le droit d’exprimer une colère contre mon père, à
l’école c’était pareil, on ne pouvait pas exprimer notre désaccord contre un
prof qui nous aurait donné trop de devoirs par exemple.  » Ce qui fait en
sorte que bien souvent, on ne se donne pas le droit à ses colères, à sa peine,
à tout ce qui dérange mais qui sont des émotions bien légitimes résume-t-il. Le
plus grave de tout cela, c’est que très jeune, on apprend à invalider ce que
l’on ressent pour aller vers ce que les autres veulent de nous et, forcément, à
force de toujours refouler ce qui nous habite, vient un jour où on ne sait plus
qui on est, si ce qui monte de l’intérieur de nous est valide ou pas, si ça du
sens ou non…
 
Critiques et Exigences
La communication
coupée du monde inclut aussi la critique, « C’est une attitude qui, c’est
sur, finit toujours par être mal reçu, c’est une forme de communication
violente en fait. Et c’est plus facile de critiquer l’autre que d’aller voir
nos besoins non comblés qui sont souvent à l’origine de la critique..» Les
exigences que l’on croit souvent être des demandes, sont aussi des
facteurs  susceptibles de nous couper
d’une bonne communication avec les autres. « Lorsqu’on est dans des
exigences plutôt que des demandes, vis-à-vis de l’autre, on le met comme au
pied du mur. Ça part du fait qu’on est tellement malhabile à identifier nos
besoins, aussi lorsqu’on en a saisi un au vol, on se dépêche de formuler une
exigence pour voir à ce qu’il soit comblé. Alors, plutôt que d’être dans une
négociation souple avec l’autre, de faire en sorte que chacun puisse identifier
ses besoins et ainsi en arriver à un compromis qui fait l’affaire des deux, on
se met tout de suite sur la défensive, notre insécurité faisant en sorte de
nous rendre rigide.. Un bon moyen de faire la différence entre une demande et
une exigence consiste dans la possibilité pour l’autre de dire non. Si cela lui
est possible, c’est généralement une demande. S’il ne le peut pas ou que les
conséquences sont trop grandes, on est plutôt dans l’exigence… »
 
Récompenses et punitions
Un dernier
facteur, le système des récompenses et des punissions, s’ils deviennent les
moteurs de nos actions, sont vus comme un langage aliénant qui nous coupe du
monde selon Monsieur Pépin. Il donne l’exemple d’un criminel qui
« mérite » une peine plus lourde comme punition, alors que de parler
plutôt du besoin de protection de la société environnante représenterait une
vision plus constructive de la même situation… Pour le criminel, se voir
« donner une punition » pour l’encourager à se mettre en colère et
engendrer sa colère et son mépris tandis que de ses voir mis à l’écart dans le
but de protéger la société est moins irritant et sera sans doute mieux accepté.
Même chose pour l’étudiant perturbateur qu’on expulse de l’école. Si on le fait
pour le punir, il sera porter à se mettre en colère et partira frustré et
enragé. Mais si on essaie plutôt de lui faire comprendre que son comportement
est problématique, mais que c’est pour Protéger les autre élèves qui veulent
suivre le cours qu’il est mis à l’écart, il y a davantage de chances qu’il
réfléchisse et modifie son comportement en conséquence.
 
Marche à suivre
Daniel Pépin
explique le Fonctionnement en être global en comparaison du fonctionnement en
mode exclusivement mental qui nous anime trop souvent pour illustrer la manière
de réussir une bonne approche non violente de la communication. Alors que le
mental nous amène tous ce qui nuit à l’harmonie ; Jugements, étiquettes, préjugés,
croyances, système binaire sans nuances et langage déresponsabilisant, à cela
il oppose l’être global : Dans un premier temps il faut une observation
objective qui n’est pas une évaluation, une vision caméra qui rapporte
uniquement et exclusivement des faits. Puis on se questionne sur les sentiments
qui montent en regardant ses faits. Ses sentiments peuvent être agréables ou
désagréables, c’est la deuxième étape. Dans un troisième temps, on définira ses
besoins par rapport aux faits et aux sentiments qu’ils inspirent, on verra
ensuite si ces besoins sont comblés ou non. Et finalement, on formulera une
demande, et non pas une exigence, visant à combler ses propres besoin tout en
tenant compte de ceux des autres. Cette demande sera idéalement positive, ouverte,
concrète et réalisable, autant que possible que le Ici et maintenant.
Finalement,
c’est l’accumulation de nos frustrations qui font que, même si on a identifié
nos besoins et les émotions qui sont derrières, la colère et l’emportement nous
guette toujours. « La première chose, c’est de s’autoriser à vivre ce qui
nous habite, on a droit à la colère, à la honte, à la tristesse. C’est le point
de départ, les nier ne fait que les amplifier. Donc, une fois qu’on s’est
autorisé la colère par exemple qui est en nous, on prend quelques grandes
respirations, ensuite, on est généralement plus calmes et mieux disposer pour
identifier les besoins non satisfaits qui ont emmené cette colère, puis la
chose la plus importante, c’est l’action. Ou on pose un geste concret, ou
simplement d’en parler avec une autre personne susceptible de nous écouter peut
faire toute la différence. » conclut-il. On pourrait résumer le tout en
une seule phrase, qui est en outre le titre du livre de Thomas D’Ansembourg,
Cessez d’être gentils, soyez vrais ! Vous pourrez alors être vous-même et vos
relations interpersonnelles seront plus enrichissantes parce que moins
frustrantes.

 

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