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Un acteur plus grand que nature !!


La semaine dernière, le Québec perdait un de ses plus grands acteurs, depuis le début du 21e siècle à tout le moins, presqu’une légende vivante, alors que Julien Poulin, connu principalement pour son rôle de Robert « Elvis » Gratton, personnage qu’il a incarné d’abord dans la trilogie de films de Pierre Falardeau que sont Les vacances d’Elvis Gratton, Miracle à Memphis et la vengeance d’Elvis Wong s’éteignait à l’âge de 79 ans. Mais il était tellement plus que ce rôle qui, s’il a révélé tout le côté comique de l’acteur, en a fait une espèce d’icône, de légende plus ou moins caricaturale où malheureusement il est souvent limité… Si on se souviendra surtout de lui pour ses célèbres répliques comme : « Parce qu’eux autres, ils l’ont l’affaire, les Amaricains », Think big ‘sti ! « J’ai un garage, un gros garage !! » « J’veux pas perdre mes montagnes Rocheuses »,  « Le voyage à Lâs Végâs » ou « Linda c’est de la pâte à dent !! » en plus de son monologue alambiqué et hilarant sur la définition d’un Québécois. Retour sur quelques rôles marquants de ce grand acteur.

Aux côtés de Claude Legault et Louis Champagne, ils formaient le célèbre trio de portier de Minuit le soir. Engagé initialement par Benoit Girard puis repris par Julie Perreault pour assurer la sécurité et veiller sur la clientèle de leur établissement, son rôle de Gaétan Langlois qui lui a d’ailleurs valu un Gémeaux en 2007, pour meilleure interprétation rôle de soutien masculin dans une dramatique en était un de diplomate, de négociation et de persuasion tout à la fois. Son grand talent dramatique était ainsi mis particulièrement en évidence.

Sa sortie fracassante avec Georgette Laflamme interprétée par Luce Guilbault, un rôle éclair dans Le temps d’une paix, même s’il ne comporte qu’une seule scène demeurera marquant dans ce qui était à l’époque le téléroman de l’heure. Mon Paulo, je savais qu’y reviendrait ! Restera pour moi une réplique culte de cette scène de tendresse qui mettait fin à une intrigue plutôt comique pour faire la transition entre les deux acteurs qui ont joué Joseph-Arthur Lavoie, Pierre Dufresne décédé l’été précédent et Jean Besré qui a du reprendre quelques scènes qui avaient déjà été tournées. 

Mais Julien Poulin, c’est aussi le « cerveau » du célèbre Duo improbable Rock et Rolland. Rolland Hébert, ce prof d’université que rien ne semblait avoir en commun avec Rock, joué par Michel Barette. La production de l’émission, sur le site Qui joue qui, montre d’ailleurs toutes les contradictions qui semble les opposer : « Rock l’aventurier aime les VR, Rolland l’écolo préfère les vélos. Rock joue en Bourse, Rolland joue plutôt au Scrabble. Rock fonce et réfléchit après, Rolland, lui, réfléchit toujours avant! Comment deux gars avec des personnalités aux antipodes peuvent-ils devenir en même temps les meilleurs amis du monde ? Malgré une vision du monde différente, ces deux hommes dans la cinquantaine vont découvrir ensemble cette nouvelle étape de la vie qu’est la retraite. »

 Probablement, une déformation professionnelle de mon cheminement en théologie, l’un de personnages de Julien Poulin qui m’a le plus marqué est sans contredit l’Abbé Beaudin qu’il a interprété avec brio dans Le Volcan Tranquille, la troisième œuvre de la trilogie de Pierre Gauvreault après le Temps d’une paix et Cormoran ce curé syndicaliste, réactionnaire et fortement impliqué dans la vie de son quartier ouvrier de Montréal peu après la guerre. Il se voulait une inspiration en droite ligne du célèbre Curé Labelle qui avait œuvré dans les Laurentides quelques décennies plus tôt.  

Mais Julien Poulin c’est aussi Titange Paradis, ce personnage coloré et tellement attachant du Bleu du ciel, père de Pierre-Paul Paradis, ce fou sympathique aux comportements étranges dans la dernière œuvre de Victor Lévy Beaulieu qui décrit la faune bigarée de la rue Fraser de Rivière-du-Loup au tournant du 21e siècle. C’est le célèbre père Laloge, aux antipodes cependant du rôle de Louis-Philippe Hébert dans la première mouture, des Pays d’en haut, père désespéré et criblé de dettes pris entre ses enfants Donalda et Adélard dit Bidou, contraint de vendre sa fille à l’infâme Séraphin pour éviter la faillite. Sa mort en pleine pandémie relance l’intrigue où se mêlent étrangement des réalités modernes traitées « à l’ancienne ». Marque de commerce de cette série d’époque vraiment particulière. C’est Jean-Marc Poirier, le père de Jessica, interprétée magistralement par Geneviève Schmith dans Unité 9, ce père troublant de vérité qui doit apprendre à aimer sa fille infanticide… Ainsi que Hector Dupuis, ce vieux routier, détective privé à la retraite, qui en a vu d’autres et qui sert de mentor, de modèle et de guide au jeune Michel-André Cloutier, dit MAC Le Négociateur en devenir, joué avec brio par Frédéric DeGranpré dans la série du même nom, librement inspiré de la vie tumultueuse du célèbre Claude Poirier. C’est également Tony Demers, le tout premier partenaire de Jasmine Rocheleau interprétée par Linda Malo, dans la série de Jean-Claude Lord qui a tant fait jaser lors de sa sortie. Policier aux idées rétrogrades, misogyne et un tantinet colon, il apprendra beaucoup aux contacts de la policière, la première femme racisée à intégrer le corps policier du SPVM. Même si l’on retient particulièrement ses scènes sulfureuses avec la tellement regrettée Marie-Soleil Tougas, son personnage vivra néanmoins une belle évolution et un cheminement lumineux. Et pour les plus jeunes, Julien Poulin c’est Conrad, le père de Stella, de Robin et Stella. Lui et son frère Darius, joué par Thomas Gratton auront pour rôle de faire découvrir aux deux protagonistes un monde de merveilleux et de fantastique tout à la fois.

Mais comment ne pas souligner son rôle de Donatien Legault, ce surveillant de dortoir aux méthodes pour le moins discutables et aux comportements méprisants, lui qui voulait éduquer les jeunes sous sa garde à la dure, personnage qu’on aimait tant détester dans Les Orphelins de Duplessis. Un rôle de méchant difficile à regarder, mais un très, très grand jeu d’acteur. Je crois que c’est le rôle dramatique qui a démontré toute l’étendue du talent de Julien Poulin. Bref, Julien Poulin c’est toute une palette de talents d’acteur, allant du plus comique au plus dramatique qui a connu une carrière exceptionnelle sur plus de quatre décennies.

2 réflexions au sujet de “Un acteur plus grand que nature !!”

  1. Est-ce qu’ils sont tous comme ça chez vous ? parce que Li gars a l’air très drôle et étrange. Vous êtes in pays très étrange

  2. Belle biographie de l’acteur. Cependant, je m’attendais à un texte plus sommaire et léger qui parle de l’acteur et de l’homme en quelques paragraphes. Rien d’aussi lourd. Dommage. On décroche rapidement du texte.

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