En septembre 1999, après un été à se faire des muscles sur la terre familiale, c’est avec un brin de nostalgie, plein de souvenirs, mais surtout avec beaucoup d’excitation que Miguel reprit le chemin de l’Université Laval pour sa troisième session déjà, à la faculté de théologie… Comme François et lui étaient devenus de très grands amis au fil du temps, c’est ensemble qu’ils avaient décidés de voyager cette fois. Les deux futurs confrères prêtres se partageant les frais d’essence pour cette grande rentrée. Parce qu’il y aurait l’action de grâce très bientôt et sans doute aussi la traditionnelle partie de chasse que Jérôme allait organiser pour la toute première fois, ils reviendraient bien assez rapidement à Corail-des-Eaux pour que Miguel puisse récupérer sa petite voiture à ce moment-là. Mais pour ces trois premières semaines à Québec, les déplacements à pied seraient bien suffisants… Et au pire il y avait toujours l’autobus pour dépanner.
C’est donc vers 11h, en ce tout premier samedi de septembre que François se garait rue Lanteigne, attendant Miguel qui sortit quelques minutes plus tard avec un grand sac de voyage plein à craquer.
– Prêt ?
– Plus que jamais, il y a plein de défis qui nous attendent… Québec nous voici
– Donc en route sur la croûte, comme dit mon père. Résuma François avec un large sourire. J’admire ton enthousiasme, et je le partage un peu, j’avoue… Tu crois vraiment que cette année nous sera bonne ?
– Ça ne fait aucun doute… Tu verras, ce seras une grande et belle session qui s’amorce.
Les deux comparses prirent alors la direction de la Vieille capitale des projets plein la tête. Comme il y avait somme toute très peu de gens sur les routes, qu’il faisait beau, même si le temps était un peu frisquet, le chemin se déroula fort bien… Aussi dès midi 50 la petite camionnette termina sa course à bon port, dans le stationnement du Pavillon Parent.
Une voix familière accueillante les reçut au comptoir de la réception :
- Bonjour messieurs. Monsieur Leclerc, Monsieur Des Bretagne. Nous sommes heureux de vous revoir parmi nous pour la session d’automne. Et puis vos vacances ? Avez-vous fait le plein d’énergie ?
– Oh que oui, même si la vie à la ferme est loin d’être de tout repos, surtout physiquement, reste que ça repose l’intellect et l’esprit. Nous sommes donc en pleine forme mentalement pour une autre session qui s’annonce très bien, surtout lorsqu’elle commence avec un sourire comme le vôtre.
– Petit Casanova va ! Se faire prêtre quand on est aussi beau, c’est du vrai gaspillage… exprima la responsable tout en pouffant de rire, mais sans doute pour cacher son malaise, plus flattée qu’elle ne voulait le laisser paraître du compliment.
- Nous sommes bien contents d’être de retour aussi, madame Thivierge. Renchérit François.
- Vos chambres ont été nettoyées de fond en combles et n’attendent plus que vous. Si vous voulez simplement remplir ce contrat pour officialiser le tout, ça ne prendra que quelques minutes et vous serez de nouveau « chez vous » … Voici vos clés.
- Voilà. C’est fait. Merci et bonne journée madame Thivierge.
Puisque Miguel connaissait très bien les aires, il retrouva le vétuste Pavillon Parent, où longeaient une bonne majorité des étudiants, exactement comme lorsqu’on entre dans une vieille pantoufle… Chacune des quatre ailes du bâtiment où alternaient des étages de garçons et de filles n’avaient plus de secrets pour lui, le hasard ayant voulu que chacun des aquacoralliens se retrouvent dans une aile différente ; François habitant au 7e étage de l’aile C tandis que Miguel, de sa chambre du 9e étage de l’aile A, avait une vue imprenable sur la salle de spectacle la plus courue de la ville, la magnifique Salle Albert Rousseau tout juste voisine du CEGEP F.X Garneau. Étienne, pour sa part logeait aussi au 9e étage, mais de l’aile B. De sa fenêtre il pouvait contempler… le stationnement. Beaucoup moins exotique songeait-il non sans un brin de jalousie concernant la vue de la chambre de Miguel. En revanche, au loin, par-delà le stationnement, on pouvait voir le petit bois derrière le pavillon Parent qui menait vers Sainte-Foy et la rue Mayrand avec son immense pylône de TVA, vision lointaine qui le faisait parfois rêver… Pierre-Paul, qui n’était pas à proprement parler un aquacorallien, puisqu’il était originaire du Sénégal, mais était tellement proche des trois autres que, dans les faits, c’est comme s’il était l’un des leurs, complétait le tour complet du bâtiment, avec une chambre au 3e étage de l’aile D complètement à l’arrière. Miguel avait donc fait le tour quasi complet du propriétaire presque malgré lui, visitant chacun dans ses quartiers à quelques reprises.
– Tu viens chez Alphonse et Marie, ça commence déjà à s’animer un peu, avec les quelques étudiants qui sont pour la plupart arrivés aujourd’hui, questionna justement Pierre-Paul qui sortait des ascenseurs pratiquement au même moment que Miguel…
– Pour sûr, j’ai même croisé quelques musiciens en herbe… Donc on se rejoint au café dans quelques minutes, le temps de passer au petit coin.
