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Le Sida, l’Assassin du xxe siècle

                                                           Par Sébastien Lévesque

Ce matin, comme elle le fait trois fois par semaine depuis 5 ans,  Denise, 63 ans, se rend au chevet de son fils Joël, 37 ans, séropositif. Tout comme le font sans doute les autres 1166 mères de jeunes hommes séropositifs de 35 à 39 ans au Québec. Les 35-39 ans sont le groupe d’âge où on retrouve le plus grand nombre d’hommes séropositifs, soit 23% de tous les cas québécois… Regard en face de la pire maladie du 20e siècle.

Si l’on inclut les femmes, par catégorie d’âge, ce sont les 30-34 ans qui se retrouvent les plus nombreux avec 1294 cas dont 138 femmes, un sommet. C’est donc principalement dans le rôle de parents ou d’accompagnateurs que sont indirectement touchés le plus d’aînés, ce que me confirme le préposé et coordonateur des bénévoles au C.P.A-VIH. Comme malades infectés, les 55 ans et plus représentent 313 des 5772 cas québécois, soit un peu plus de 5 %. Une responsable du même organisme cite en exemple des couples qui se séparent après 20 ou 30 ans de mariage, qui reprennent parfois une sexualité plus débridée et attrapent ainsi le VIH, ils viennent faire gonfler les statistiques. Dans leur cas, l’utilisation du condom n’est pas intégré dans leurs habitudes sexuelles, ce qui augmente les risques. En s’impliquant auprès des victimes, les aînés peuvent contribuer à transmettre un message de prévention contre les dangers du VIH au moment où le risque de contracter le virus est très élevé pour les jeunes.

SIDA VS VIH

C’est le virus d’immunodéficience humaine (VIH) qui cause le Syndrome d’immunodéficience acquise (SIDA). Le VIH attaque le système immunitaire, en faisant chuter radicalement le nombre de CD4, véritables « chef d’orchestre » de tous les globules blancs. Ce qui rend tout le système immunitaire inopérant, causant une maladie chronique progressive et rendant les gens atteints vulnérables aux infections. La période moyenne entre la transmission du VIH et le diagnostic du SIDA dépasse maintenant dix ans, selon les individus. Le diagnostic de SIDA est posé à la suite d’au moins une maladie opportuniste. Le sida est cependant toujours une maladie mortelle. Le premier cas de SIDA au Canada a été rapporté en 1982.

Si le Sida proprement dit est une maladie à déclaration obligatoire depuis 1986, ce n’est pas le cas de l’infection au VIH, qui, tout comme l’hépatite C qui ne le sont que depuis Avril 2002, selon le Ministère de la Santé, ce qui pourrait faire augmenter considérablement les statistiques de cas déclarés dans les prochains mois, voire les prochaines années estime le porte-parole du ministère auquel j’ai parlé.

Au 31 décembre 1999, on rapportait 16 913 cas de sida au pays, mais Santé Canada estime que le nombre total de cas de sida déclaré depuis le début de l’épidémie se rapproche de 20 000. Au Canada, le nombre de personnes présumés vivant avec le VIH augmente, passant de 40 000 cas en 1996 à 50 000 en 1999.

LES AUTOCHTONES

Il existerait un lien entre autochtones et aînés au niveau du VIH, supposant que la proportion de cas y soit plus élevés que dans l’ensemble de la population québécoise, mais ce fait est difficilement chiffrable. Les Autochtones, qui constituent seulement 5% de la population canadienne, représentent 16% des nouveaux cas de VIH. De ce nombre, 45% sont des femmes et 40% ont moins de 30 ans, selon le site Internet de Santé Canada. Et puisqu’une grande majorité des cas de VIH chez les autochtones (54% des cas selon Santé Canada) sont également des consommateurs de drogues injectables, ils sont, tout comme les utilisateurs de drogues injectables en général, les homosexuels, les femmes et les jeunes, perçus sont parmi les groupes à risque au Canada.

À l’encontre de la société en général, où, grâce aux traitements dont l’efficacité s’améliore régulièrement, le nombre de cas de sida s’est stabilisé, chez les peuples autochtones, ce nombre s’est accru régulièrement au cours de la dernière décennie, passant de 1,5% des cas totaux avant 1989 à 5,6 % des cas entre 1993 et 1996. Une augmentation de l’ordre de 421% en 7 ans. Au 23 octobre 1997, 249 cas de sida (210 hommes et 39 femmes) avaient été signalés chez les Autochtones du Canada.

BARCELONE 2002

La 14e conférence internationale sur le SIDA s’est tenue du 7 au 12 juillet 2002 à Barcelone, en Espagne. Un petit tour d’horizon international sur le sujet s’impose. Le rapport final issu de la conférence, préparé conjointement par les Nations Unis et l’OMS nous dresse un portrait effrayant de l’avancée de la maladie, à l’échelle maintenant planétaire. Ces quelques chiffres, provenant du rapport et recueillis par Paul Scherrer du Comité international de la Quatrième internationale (CIQI) suffisent à nous en convaincre : « LE VIH Sida n’est plus seulement une crise de santé, mais c’est de plus en plus une véritable catastrophe sociale» soutient-il.

C’est ainsi que l’an dernier, plus de 5,4 Millions de personnes étaient infectées par le virus du VIH, soit près de 2 millions au-delà des projections les plus sombres de l’ONU pour 2000 et 2001. Plus triste encore, sur 5,4 Millions de cas, on dénote 620 000 cas d’enfants, le plus souvent infectés par leur mère durant la grossesse. Selon tous les cas recensés sur la planète, près de 40 millions vivent actuellement avec le virus du VIH, dont 1,3 millions ont moins de 15 ans. Depuis la première identification du virus, on dénombre près 19 millions de décès.

AFRIQUE SUB SAHARIENNE

            L’Afrique sub-saharienne, le Botswana en tête pour le taux de propagation en 2001 selon l’Unicef, occupe le premier rang mondial dans ce domaine avec ses 24,5 millions de personnes infectées, dont 4 millions de nouveaux cas en 2000, et ses 80% des décès relatifs au Sida en 1999.

            Onze études menées simultanément par différentes universités américaines sur le territoire africain confirment qu’une femme sur 5 au début de la vingtaine en Afrique sub-saharienne serait atteinte du VIH. Que 60% des 20 à 30 ans de la ville de Carletonville (Afrique du Sud, population de 183 000 pers) seraient atteintes. En outre, 95% des survivants du Sida sont originaires d’Afrique. Généralement, plus de 50% des séropositifs sont infectés avant l’âge de 25 ans et décèdent avant de parvenir à 35 ans. À cause de ce fléau l’espérance de vie au Botswana est passé de 60 ans en 1989 à 47 ans en 1996. Dans la majorité des pays d’Afrique sub-saharienne, l’espérance de vie oscille entre 40 et 50 ans.

AILLEURS DANS LE MONDE

Mais ce n’est plus une exclusivité d’Afrique, la maladie se fraye de plus en plus un chemin ailleurs sur la planète. Ainsi l’Asie, l’Amérique latine, l’Europe de l’Est, les anciennes républiques soviétiques ainsi que la Chine, sont maintenant des régions à risques. La Chine compte 1 Million de séropositifs selon les chiffres officiels du gouvernement. Dans les pays de l’Ex-Union Soviétique, particulièrement en Ukraine, ou on est passé d’aucun cas en 1995 à 20 000 à l’an 2000, la situation est extrêmement préoccupante.

Dans les « conséquences indirectes » liés au VIH ont dénote les baisses de rendement agricoles dans certaines pays par manque de bras, la population active en âge d’aller aux champs et de faire rouler l’économie de ces pays étant très majoritairement gravement atteintes du SIDA et de ce fait, non disponible pour travailler. Ainsi, le faible rendement des terres abandonnées menacent la survie des populations restantes. Les baisse de production de maïs, de coton, d’arachides et de céréales connexes varient entre 40 et 60 % selon les pays. Le même phénomène se produit dans les mines de charbon et de diamant qui ont dû fermer pour les mêmes raison, privant les pays exportateurs de revenus cruciaux pour leur développement économique.

            Dans les nouveaux territoires infectés, les taux encore faibles d’infection laisse croire qu’il n’y a pas encore lieu de s’inquiéter outre mesure, mais certains chiffres sont parfois trompeurs, ainsi, en Inde, bien qu’il n’y ait que 0,7% de la population total qui soit infectés, il y a dans ce pays tellement d’habitants que ce 0,7% représente 3,7 millions de personnes infectés, ce qui place l’Inde au 2e rang mondial, tout juste derrière l’Afrique du Sud. C’est dans les Caraïbes qu’on retrouve le plus haut taux d’infection à l’extérieur de l’Afrique.

            Pour confirmer ces tristes données, un reportage de France 2, Regards croisés, pour souligner la conférence de Barcelone vient rajouter d’autres chiffres tous aussi effrayants : Selon le reportage, le Sida devrait atteindre 100 Millions de morts d’ici 2012. Actuellement, le rythme funeste est de 10 000 morts par jour sur la planète.

                                    ESPOIR ET VACCINS

Mais il y a de l’espoir. Une diminution du nombre de décès dus au sida a été observée notamment aux États-Unis et en Europe, surtout grâce aux antirétroviraux. Ces médicament diminuent le risque d’environ 90%, dans les pays industrialisés, pour une femme enceinte et infectée de transmettre le VIH à son fœtus  (avec un accouchement par césarienne et l’interdiction d ‘allaiter pour la mère). En revanche, les Africaines doivent « se contenter » du Viramun, un médicament qui vise le même but, mais avec un taux de succès d’à peine 10% à 15%. Ces médicaments et les vaccins à venir (présentement en phase expérimentale depuis quelques années)  représente les progrès de la médecine moderne dans la lutte au VIH. Et comme les progrès sont de plus en plus rapides en ce que concerne les antirétroviruax, tous les espoirs sont permis.

Les médicaments et les vaccins sont, en général de plus en plus efficaces, malgré un bémol paru dans le New England Journal of Medecine du 4 Août 2022 qui affirme que, si les médicaments sont de plus en plus perfectionnés, le VIH, quant à lui se fait de plus en plus résistants aux antirétroviraux.

Un des défis devient maintenant de rendre accessible à toute la planète les meilleurs médicaments possibles et les antirétroviraux les plus performants. Le problème est d’ordre économique, surtout en Afrique, où il n’y a pas de soins de santé universels et où les gens sont obligés de défrayer eux-mêmes le coût des médicaments. Or, selon l’évaluation du réseau juridique canadien, un ensemble d’antirétroviraux complet, comme on en trouve aux États-Unis, coûte au prix réel, l’équivalent de 31 ans de salaire en Afrique…

Je termine en remerciant généreusement le département d’Info-Traitement du C.P.A-VIH et certaines personnes qui, malheureusement, ne veulent pas être identifiées dans cet article. Elles m’ont été d’une aide précieuse pour la recherche et la confirmation des informations de ce texte. 

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