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Le Tourangeau

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En arpentant les rues de leur tout nouveau quartier, Jean-François et le petit Zach se sont tout naturellement retrouvés dans la rue qui porte le nom de leur aïeul, la rue Charles-Pimparé. Jean-François se souvenait avoir lu quelque part que le premier Pimparé en Amérique était un citoyen émérite de Sainte-Rose, qui avait assisté à l’assemblée donnant naissance à la paroisse dans ce qui était à l’époque l’Île Jésus, en 1741. Mais c’est pourtant une quinzaine d’années plus tôt, dans l’église Notre-Dame de Montréal que tout avait vraiment commencés pour Charles, alors qu’il épousait sa Louise, son adorée. Lui approche la trentaine, avec ses 28 ans bien sonnés, elle a 20 ans à peine. C’est pour eux le premier pas vers un avenir qu’ils entrevoyaient plein de promesses en Nouvelle-France :

Charles est le fils de Pierre Pimparé et le petit-fils de Michel. Son père est un passementier du quartier Saint-Symphorien dans la ville de Tours. Ses parrains et marraines sont Charles Jacqueneau et Françoise Gernier. Veuf de Louise Besnard en premières noces. C’est de son second mariage, à Tours le 16 Juillet 1695, avec Anne Chequenot qu’est issu le jeune Charles. Il est baptisé à Tours Saint-Symphorien, compté d’Indre et Loire le 6 Avril 1696.

De son côté, Louise voit le jour à Saint-Bonaventure, Québec le 4 Janvier 1704 et est baptisée deux jours plus tard à Charlesbourg. Antoine Bouhours est lui-même le fils de Jean Bouhours et Catherine Latour. Pour sa part Marie-Anne Vandandaigue est la fille de Joseph Vandandaigue dit Gadbois et de Louise Chalifour. Joseph est le fils de Joseph Van Dan Dyke (d’où la francisation en Vandandaigue) et Madelaine Dubois. Louise Chalifour est la fille de Paul Jr. Chalifour et Jacquette Archambault. Paul Jr. Est le fils de Paul et Marie Gaborit. Jacquette est fille de Jacques et Françoise Tourault.

–         Vous Louise Bourg Lachapelle, fille d’Antoine Bohours, acceptez-vous de prendre pour époux Charles Pimparé ici présent, dites

« Oui je le veux ? »

–         Oui je le veux.

–         Et vous Charles Pimparé, fils de Pierre, acceptez-vous de prendre Louise Bourg-Lachapelle ici présente pour légitime épouse, dites Oui je le veux…

–         Oui je le veux.

–         Je vous déclare mari et femme. Vous pouvez embrasser la mariée.

Charles ne se fait pas prier pour suivre la dernière recommandation du vicaire Yves Priat. Aussi c’est avec une grande joie et une grande fierté qu’il pose ses lèvres sur celles de Louise. La foule applaudit à tout rompre.

Nous sommes le 18 Juillet 1724, en l’imposante église Notre-Dame de Montréal qui deviendra éventuellement une cathédrale puis une basilique, mais nous n’en sommes pas encore là. Pour l’instant, c’est tout de même l’église la plus importante de Montréal et naturellement de toute la Nouvelle-France, et ce matin, c’est le grand jour pour Charles et Louise, qui sont porteur d’une dispense des trois bans, comme l’exige la loi…

Parmi les invités présents, il y a les parents de la mariée Antoine Bohours et sa femme Marie-Anne Vandandegue. Ce qui fait naturellement un petit pincement au coeur du marié, Charles ayant appris par lettre la mort de son père il y a peu de temps, c’est donc Constant Le Marchand-De Lignery qui lui sert de témoin… C’est un grand honneur qu’il lui fait que de se rendre ainsi au mariage de l’un de ses hommes et Charles lui en est bien reconnaissant. Charles est soldat pour lui depuis plusieurs années déjà et entre les deux hommes s’est tissé en plus du lien d’autorité, une solide amitié. Au banquet, il y a aussi des voisins, comme Jean-Baptiste Chauffour, maître chapelier, François-Madelaine Jobin ou l’écuyer Michel Fily. Jean Latouche, qui est sergent de la compagnie De Lignery, un des supérieurs immédiats de Charles est aussi de la fête.

–  Holà, le Tourangeau…

– C’est à moi que tu parles, répond Charles, un peu surpris de se faire interpellé de la sorte…

– Non mais Pardi, bien sur que c’est à toi que je parle. Tu es bien le fils de Pierre qui vécu à Tours… Tu es donc le Tourangeau… Viens donc ici quelques minutes que l’on bavarde un peu. J’aime bien à connaître mes hommes.

C’est ainsi que Constant De Lignery l’avait appelé pour la toute première fois, à son entrée en fonction… Et dés lors, sans le savoir, il venait de « créer » un personnage pourrait-on dire, pour des générations à venir, Charles et ses descendants deviendraient des Pimparé dit Tourangeau…

Quelques années plus tard, il a entre autre participé sous ses ordres à la mission qui visait à exterminer les Autagamis, une bande autochtone rivale… Mais comme ils ont eu vent de l’attaque que Lignery et ses hommes préparaient, Dieu seul sait comment, ils se sont poussés hors des limites de leur campement. Il n’est donc resté que des maisons à incendier et des récoltes à brûler, ce qui rendit la mission beaucoup moins glorieuse. Mais elle a tout de même eu lieu et Charles peut, en toute légitimité la mettre parmi ses faits d’armes.

Nous sommes le 5 Juin 1728, le père Emmanuel Crespel, à titre d’aumônier, accompagne les troupes de Constant de Lignery. Il juge « absolument inutile » cette action d’incendier le village des Autagamis et le note dans ses mémoires. Mais ça n’empêchera pas Constant De Lignery de donner l’assaut, même si l’ennemi n’est plus là… Loin des grands centres que sont alors Montréal et Québec, les soldats vivent alors dans des conditions parfois périlleuses, le père Crespel partage leurs vies et leurs misères et se révèle souvent une bonne oreille pour ses soldats esseulés et au bout du monde.

Le territoire est si vaste à parcourir, souvent à pied ou en canot, ce qui rend les expéditions particulièrement exténuantes. Les vivres ne sont jamais assurés, aussi elles viennent souvent à manquer. Mais les trois pires éléments contre laquelle chacun des soldats a à se battre sont l’eau, le vent et le froid. Certes l’eau facilite les déplacements et peut s’avérer d’une grande utilité, mais les lacs sont souvent infranchissables à cause des rapides, qu’il faut souvent traverser au risque même de la vie. Charles en sait quelque chose… Lui qui a traversés maintes fois les rapides de Sainte-Thérèse. Mais l’eau devient encore plus impitoyable lorsque le vent s’en mêle. Si favorable parfois, ils peuvent aussi retenir, empêcher de franchir une pointe, ou encore briser des canots en les jetant sur des bancs de sable. Puis en hiver, « saison rigoureuse » au fort Frédéric, l’eau devient pluie pénétrante ou neige. Autant de conditions auxquelles beaucoup succombent : pour certains, c’est la fièvre et le scorbut, pour d’autres, l’épuisement. Et le père Crespel accompagne, partage, soulage, enterre. On comprend alors pourquoi, fort de son expérience, il est capable, mieux que quiconque, d’endurer le naufrage de l’automne 1736 et l’impitoyable hiver de 1736-1737 à Anticosti.

Les alliés des français, soit un regroupement de quelques 800 ou 900 amérindiens représentants les nations Iroquoises, Huronnes, Népissins ou Outaoüacs se chargent de faire vivre aux soldats une expérience pour le moins éprouvante.

Une fois mariés, Charles et Louise s’établiront dans la région de l’île Jésus. Ils auront une famille nombreuse de quinze enfants, dont malheureusement plusieurs ne survivront pas très longtemps. Mais au moins quatre fils de Charles, soit Jean, Joseph-Amable, Augustin et Louis assurent sa descendance en Nouvelle-France. Il y avait d’abord eu Marie-Louise, qui avait vu le jour le 15 Septembre 1724. Malheureusement elle s’éteint éteinte à l’âge de 10 ou 11 ans. L’année suivante, en 1725, naissait Marie-Thérèse, la première viable si on peut dire, elle allait éventuellement épouse Louis Plichon quelques années plus tard. Puis, en 1727 vient le tour de Charles Junior, premier du nom, mais il succomba à une courte maladie le 16 Août 1728. Comme pour noyer leur chagrin, le couple décidèrent d’appeler cet autre fils Charles Junior II à son tour, né le 10 Octobre 1728, mais sans grand succès là non plus, le petit s’éteignant tout doucement le 22 Avril 1730. Puis vint Jean, le premier à porter le surnom de Tourangeau, né le 17 Février 1731. Il survécut bel et bien, épousant d’abord Jeanne Langevin, devint veuf à 60 ans, puis se remaria à Marie-Anne Saint-Onge dit Charlopin. On lui doit une part de la descendance des Pimparé en Amérique. Tout comme à son frère Joseph-Amable, né le 25 Octobre 1732 à Saint-François de l’Île Jésus (aujourd’hui Laval), qui allait pour sa part épouser la sœur de la première épouse de son frère, Marie-Madeline Langevin. Puis, le 5 Juillet 1734, allait suivre Augustin, qui, pour sa part unirait sa destiné à Marie-Charlotte Goulet. Marie-Louise née un an et 10 jours après son frérot, le 15 Juillet 1735, allait épouse Denis-Joseph Mailly. Puis Louis, né le 18 Août 1737, marié d’abord à Marie-Thomas Boullard puis à Marie-Louise Lavergne.  Marie-Françoise le 24 Mai 1739 allait épouse Basile Marois, laissant croire que les épreuve de mortalité infantile étaient derrière eux… Mais c’était bien mal connaître la vie de cette époque. Charles et Louise eurent un bébé mort-né, le 4 Octobre 1740 dont on ne sut même jamais le sexe. Marieanne née en 1741 allait éventuellement poursuivre sa vie avec Pierre Jocom. Trois ans passèrent, Louise retomba enceinte, Charles Junior, 3e mouture connu le même triste sort que ses deux précédents homonymes, il naît quelque part au début de 1744 puis rend l’âme le 25 mai de la même année. Marie-Françoise connut le même sort, ne survivant qu’une quinzaine de jours, du 13 au 29 avril 1746. Finalement, Louise met au monde sa toute dernière fille, Charlotte le 17 novembre 1747, elle deviendra religieuse.

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