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Le pouvoir gris !!

                                                                                  Par Sébastien Lévesque

« Wow ! Mamie vous vous déniaisez ! » « Oui mon petit gars, on se déniaises !! » C’est madame Lise Payette, la plume derrière Les Super mamies à Radio-Canada qui aurait été fière de cet échange pour le moins coloré entre une grand-mère et son petit-fils dont nous faisait part madame Ann Gagnon en guise de mot de clôture du colloque sur le maintien à domicile tenue à l’UQAM le 21 novembre dernier. Après le « Pouvoir noir » (Black power ) et le « Pouvoir Rose » (symbole de la montée du féminisme) notre société moderne est de plus en plus influencée, vieillissement de la population oblige, par le « Pouvoir gris » et c’est à une mini-révolution que les organisateurs avaient conviés Aînés Hébergement.

            Organisée conjointement par l’Association Québécoise pour la défense des retraités et préretraités (AQDR), l’Alliance des associations de retraités et d’aînés du Québec (ARAQ) et le Conseil des aînés de Notre-Dame-de-Grâce, ce colloque se voulait d’abord une mobilisation générale des aînés du Québec afin de parler d’une seule voix au gouvernement pour arrêter l’hémorragie en ce qui concerne les coupures à répétition dans les soins à domicile et les services de santé en général.

D’abord madame Nancy Guberman, professeur à l’UQAM a rappelé brièvement les grands enjeux du maintien à domicile. Elle a d’abord souligné le vieillissement de la population et le fait que les aînés avaient besoin de plus en plus de soins, mais que contrairement à la croyance populaire, elle ne pensait pas que cela représentait un problème, mais une simple constatation de l’évolution de la société québécoise. Elle croit plutôt que le véritable problème réside dans le fait que les aînés sont littéralement pris en otages dans les querelles entre Ottawa et Québec quant à savoir qui va payer la note, ou encore dans le fait que Québec, malgré les économies réalisés par le virage ambulatoire et ses coupures sauvages n’a toujours pas redistribués cet argent pour le maintien à domicile tel que promis. Voilà le vrai problème soutient-elle. Madame Guberman a aussi souligner que le maintien à domicile allait bien au delà des simples besoins de base comme le ménage, les repas ou la toilette des aînés. Selon elle c’est aussi et surtout contrer l’isolement et la solitude des aînés, c’est à dire encourager la participation sociale, leur contribution à la collectivité et les contacts avec d’autres gens, une partie souvent négligée du maintien à domicile.

Elle explique encore que selon plusieurs études tant québécoises que nord-américaines qui abondent toutes dans le même sens, actuellement près de 75% des besoins des aînés sont comblés par les familles, généralement une ou deux personnes par aîné, les plus proches, conjointes, filles, bru, principalement par les femmes dans l’ordre de 2 sur 3 voire 3 sur 4… ce qui constitue un fardeau de plus en plus lourd à porter compte tenu qu’il y a de moins en moins de gens pour l’assumer. Madame Guberman soutient cependant que cette situation est particulièrement injuste. Selon elle, le vieillissement de la population et l’amélioration de l’espérance de vie est le fruit de décisions collectives ; amélioration de l’hygiène public, avancement de la science et meilleurs habitudes de vie. Il serait donc normal que ce soit à la collectivité de prendre en charge les personnes qui profitent de cet état de fait. Si l’État à un rôle majeur à jouer, elle soutien cependant que plusieurs autres intervenants ont également leur effort à faire, que ce soit le secteur privé, les groupes communautaires ou encore les services publics. Elle termine en disant qu’une lettre un courriel à son député est équivalent à 100 voix de protestation et incite les gens à écrire en grand nombre… Mais elle espère surtout que les aînés demeureront des acteurs bien actifs et impliqués dans toutes les prises de décision les concernant. .   

Et dans les régions…

Monsieur Daniel Brouillette, de l’AQDR de la Mauricie est venu dresser un portrait rapide de ce qui se fait en région. Issu de la MRC de Mékinac, dont aucune des 13 municipalités n’atteint 5000 de population, les services aux aînés sont de plus en plus mis en péril par les coupures et la mauvaise gestion, et cela est particulièrement vrai en milieu rural. Il souligne en passant une liste de besoins criants qui ne sont pas couverts du fait que la MRC en est une dite rural dont le plus important est une assistance médicale 24 hrs sur 24, 7 jours par semaine, une réalité impossible depuis le virage ambulatoire. Mais, du même souffle, il souligne la coopération et la débrouillardise qui existe entre les organismes du milieu afin d’offrir une qualité de vie décente aux aînés peu importe d’où qu’ils soient. Il est particulièrement fier de parler du centre de jour de la MRC qui à été créé uniquement par la volonté et les efforts collectifs de tous les intervenants du milieu. « Le temps des paroles est terminé, il est maintenant temps de passer à l’action… » C’est aussi ça la vie en région conclut monsieur Brouillette.

Plénière

La deuxième partie de la journée se déroulait sous forme de plusieurs plénières (quatre en français et deux en anglais) avec chacune deux thèmes particuliers à aborder soit : 1) la santé et les soins personnels 2) l’entretien ménager et l’alimentation 3) le transport et le logement 4) la socialisation et les aidants naturels, les participants, en table ronde devaient répondre aux trois questions de base suivantes sous l’angle de leurs thèmes :

1)      Qui est le mieux placé pour offrir les services ?

2)      Qui doit payer pour ces services ?

3)      Qui assure le contrôle de la qualité des services ?

La principale conclusion émanant des plénières était la pluralité des solutions possibles. Personne ne s’entendait sur un acteur, un pourvoyeur ou un contrôleur unique pour les services. La multiplicité des avenues possibles constituant la richesse de l’exercice. Si une majorité s’entendait pour souligner les responsabilités de l’État en terme de leadership, de  financement et de coordination, plusieurs autres solutions ont été envisagés, allant des groupes communautaires à l’implication du secteur privé dans certains domaines. Tous ont cependant dénoncé avec véhémence la 10e position du Québec, parmi les dix provinces canadiennes en ce qui concerne le per capita pour le maintien à domicile. Le Québec n’y consacre actuellement que 3,3 % du budget du ministère de la Santé, ce qui correspond à 37,36$ par Québécois, tandis que, par exemple, en Ontario on consacre 91$ par personne pour les mêmes services. Il y a aussi consensus assez général autour du rôle accru que doivent jouer les CLSC auprès des malades. Ainsi plusieurs propositions allaient dans le sens d’un renforcement des mandats alloués au CLSC dans l’avenir et naturellement de l’augmentation des crédits nécessaires à son application. Plusieurs ont également souligné l’excellent programme SIPA offert en concertation avec les CLSC  comme projet pilote dans quelques quartiers de Montréal, programme qui a ironiquement été abandonné par le ministère de la santé parce qu’on le jugeait trop onéreux. 

Daniel Jacoby

Le conférencier invité à venir conclure ce colloque était l’ancien Protecteur du citoyen, M Daniel Jacoby. Il a donc débuté son intervention en faisant un peu d’étymologie pour expliquer le sens de cette journée. Il a expliquée que le mot « Colloque » vient du latin colloquium qui signifie « voix commune » autrement dit « parler ensemble d’une seule voix» et c’est exactement le but de la démarche, se rencontrer pour définir des préoccupations, des revendications communes. Bref, il faut travailler ensemble. Il a aussi déploré le fait que, pour plusieurs fonctionnaires au sein de l’appareil gouvernementale, Aînés rimaient avec Ancêtres, ce qui expliquent pourquoi les aînés sont souvent laissés pour compte lors de l’attribution des ressources du ministère de la Santé… Le sous financement des CLSC, au profit des Centres jeunesses par exemple, s’en veut une excellente preuve. Il dit que c’est en passant de sous-ministre à la Justice à Protecteur du citoyen qu’il s’est rendu compte à quel point les fonctionnaires sont déconnectés du vrai monde. Il parle aussi de la peur, de la non-connaissance de leurs droits et de la hantise d’être mis sur une liste noire, des raisons qui font que plusieurs aînés ne font pas valoir leurs droits… Une situation qui commence heureusement à changer.  Aussi c’est par des initiatives comme la journée d’aujourd’hui, en se regroupant et en parlant d’une même voix que les aînés feront entendre leur point de vue a conclut monsieur Jacoby.   

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