EXPÉRIENCE CULTURELLE AU CŒUR DU CENTRE-VILLE

Par Sébastien Lévesque
« Nos aînés sont les premiers bâtisseurs de ponts ! Ces grands pionniers ont aujourd’hui beaucoup besoin de nous. Des enjeux majeurs nous interpellent : leur vieillissement et principalement leur isolement, source de repli sur soi et de difficultés de toutes sortes. » C’est par cette citation que nous accueille le site Web du Service à la famille chinoise du Grand Montréal (http://www.famillechinoise.qc.ca) … Pour en savoir un peu plus long sur cette communauté bien particulière, Aînés Hébergement s’est déplacé au Centre Man Sau, une division de l’organisme, afin de rencontre sa coordonnatrice, Madame Christine Lao. Le Service à la famille chinoise du Grand Montréal est un organisme sans but lucratif qui en est déjà à sa 26e année d’existence. Son but est d’établir des partenariats avec les institutions, tant publiques que privées, ainsi qu’avec d’autres homologues dans le but de promouvoir le bien-être des membres de la communauté chinoise, en offrant des services et des programmes, ainsi qu’en développant des ressources communautaires appropriées à son intégration et à son épanouissement au sein de la société québécoise. Le centre Man-Sau s’adresse plus particulièrement aux Aînés de la communauté chinoise.

CHINE VS HONG KONG
D’entrée de jeu, il y a une nette distinction à faire en divisant la communauté chinoise en deux groupes bien distincts : Les Chinois qui parlent le mandarin et les gens de Hong Kong qui parlent le cantonnais. Si, à l’écriture, les deux langues se rejoignent et sont, somme toutes relativement semblables, c’est au niveau oral que les choses se compliquent, la prononciation et les accents toniques éloignant sensiblement les deux langues au point de les rendre incompréhensibles l’une de l’autre. En outre, les nouveaux arrivants, incluant paradoxalement de nombreux aînés viennent majoritairement de Hong Kong, ce qui fait en sorte qu’ils sont de plus en plus nombreux, presque en voie de devenir majoritaire au sein de la communauté chinoise.
Madame Lao déplore aussi particulièrement la qualité du mandarin et du cantonnais calligraphique que l’on enseigne ici. À force de vouloir simplifier à outrance la calligraphie traditionnelle de ces langues pour les nouvelles générations, elle craint que les aînés ne soient bientôt plus capables de lire un texte écrit en mandarin ou en cantonnais car la formation des lettres, réduit à leur plus simple expression pour une plus grande facilité d’apprentissage, laisse désormais place à une plus grande interprétation de la signification des symboles écrits, ce qui creuse selon elle davantage le fossé entre les générations. Opinion partagée par le directeur adjoint du centre, qui est passé par le bureau au cours de l’entretien lors de cet instant précis ou madame Lao comparaît la langue que son père à appris et lui a enseigné avec celle que son fils apprend actuellement à l’école enrichie.
PARTICULARITÉS
Selon madame Lao, la plus grande particularité de la communauté chinoise, c’est leur aptitude à la vie en groupe et leur sens de la famille pratiquement à toute épreuve… Madame Lao nous explique que, pour les aînés chinois qui sont en bonne santé, ils sortent tous les jours pour voir les autres membres de la communauté, c’est une habitude, presque un rituel, voire une obligation pour eux, mais paradoxalement, elle explique qu’ils sortent très rarement, voir presque jamais du quartier. La définition péjorative du quartier chinois par le terme de « ghetto » est donc, dans ce cas-ci du moins, pleinement justifiée. C’est ce qui explique en partie pourquoi les aînés chinois seuls ou malades, sont à priori plus isolés que les autres, car ils s’adaptent plus difficilement que d’autres communautés à la société québécoise. En plus de la culture et de la langue qui sont complètement différentes. D’où la grande importance d’un organisme comme le Centre Man-Sau, estime madame Lao. Elle nous explique en outre que les Chinois, habitué dans leur pays d’origine à la vie urbaine et la surpopulation aiment beaucoup plus la ville que la campagne. Ce qui expliquerait la présence du quartier chinois au cœur même du Montréal urbain. « S’ils connaissent le calme et le repos de nos campagnes, ils n’aiment pas particulièrement. » nous dit madame Lao.
C’est aussi une communauté qui accorde une place prépondérante à ses aînés. Abondant dans le même sens que le proverbe africain : « Un vieillard qui meurt c’est une bibliothèque qui brûle… » pour eux, les aînés sont dépositaires de tout le savoir et de toute l’expérience du monde, donc une richesse de sagesse à consulter et à préserver. La référence aux « bâtisseurs de ponts » à l’accueil de site web de l’organisme tend à souligner cette conception de la société chinoise. Madame Lao nous parle aussi de la place centrale qu’occupe la santé et la vitalité pour les aînés chinois. Elle explique aussi que la grande importance qu’ils accordent à leur alimentation fait en sorte qu’ils vivent généralement très vieux, généralement au-delà de 90 ans et même centenaires dans bien des cas et en relativement bonne santé.
ALIMENTATION ET TCHI
Évidemment, l’alimentation très particulière propre aux Chinois constitue aussi une grande particularité de cette communauté. Ce sont de grands consommateurs de riz et de légumes verts, bien qu’ils mangent peu en vieillissant comme la plupart des aînés. Ils sont aussi adeptes de poissons, tout particulièrement de poissons crus dans la saumure, un met traditionnel qui sent très mauvais et que les nouvelles générations rejettent de plus en plus, mais qui est très prisé des aînés, ainsi que de fruit de mer. Madame Lao nous explique aussi qu’en raison de sa facilité à mastiquer, le tofu et le lait caillé occupe aussi une grande place à la table des aînés. Ils consomment très peu de viande, peu ou pas de friture et évite autant que possible tout ce qui est sucré. Ils consomment beaucoup de thé, d’herbes naturelles, de ginseng et de soupes traditionnelles.
C’est le Tchi , qui est le centre de leur équilibre de vie, qu’on pourrait traduire par le Souffle, base même du Taï-chi, qui leur donne en comparaison une meilleure santé et une plus longue vie en général que les aînés québécois. Madame Lao nous explique que le Taï-Chi est très important dans la vie des Chinois et que la majorité, dont plusieurs aînés, le pratique quotidiennement en se levant. Et la recherche ultime de la sagesse, via la philosophie Zen se veut le parfait complément vers une vieillesse parfaite. « Mais ça, nous dit madame Lao avec un clin d’œil complice, c’est la théorie. Entre la théorie et la pratique, il y a souvent un monde de différence… » conclut-t-elle tout en admettant les grands efforts de ses membres en vue de l’obtention de la sagesse ultime.
LE CENTRE MAN-SAU
Madame Lao nous parle aussi avec grande fierté de ses visites à domicile ou au seul CHSLD chinois du grand Montréal, qui s’apparente davantage à une résidence qu’à un hôpital nous souligne madame Lao en déplorant au passage le manque de ressources pour la communauté. La chorale du centre donne quelques spectacles pour les malades qui sont très apprécié. Les visites à domicile, explique encore madame Lao, excellent moyen de briser l’isolement et d’aider ces gens à se sentir moins seuls, de « refaire les ponts » avec les aînés comme l’explique le site Web. En outre madame Lao nous dit que la très grande majorité des aînés chinois ne parlent ni anglais ni français, ce qui explique l’isolement et constitue un problème de taille quand la famille est loin. Le centre offre bien quelques services d’interprète, notamment pour la vie courante, course ou visite à l’hôpital entre autres, mais est plutôt limités dans ce domaine, n’étant évidemment pas des traducteurs officiels.
Le centre Man Sau compte, selon les statistiques officielles de son site Web, 306 membres. 35 Bénévoles sont délégués aux visites de maintien à domicile, ce qui représente 7280 heures de travail. La popote roulante dessert 443 personnes, 523 personnes participent régulièrement aux repas communautaires du centre. Le reste des activités, ont des taux de participation hautement variable oscillant entre 100 et 1000 membres. Parmi ces activités il y a une grande place faite aux travaux manuels, autre particularité de la communauté chinoise. Pour illustrer ce point madame Lao nous montre plusieurs exemples d’art typiquement chinois : des chefs-d’œuvres de papier plié (qui s’apparente à de l’origami sans en être nous dit madame Lao, l’origami étant japonais) du tressage de fil de soie, des décorations de billes de verre tressées entre autres. Parmi les autres activités il y a la chorale, les cours de français et d’anglais (qui s’adresse principalement aux nouveaux arrivants, mais dont les aînés peuvent aussi bénéficier), le Taï-Chi, le ping-pong (deux activités propres à la communauté chinoise et donc aussi très populaires), les danses en ligne et finalement ce que madame Lao appelle les sorties « d’intégration », comme par exemple visite d’une cabane à sucre, une journée aux pommes, des soupers typiquement québécois lors de la période des fêtes sont aussi extrêmement populaires (comme elle n’avait pas les chiffres exacts, nous avons dû nous référer au site Web, qui parle de 1096 participants, venant confirmer le grand engouement et les dires et madame Lao à ce sujet)
