Un deuxième rapport Parent… pour les aînés,

Le souhait d’un adéquiste.
Par Sébastien Lévesque
Le 12 mai dernier, alors qu’on célébrait le quarantième anniversaire de la création du ministère de l’Éducation du Québec, la principale recommandation du rapport Parent, un chef de parti, un homme de foi, souhaitait un deuxième grand coup de tonnerre collectif, cette fois pour les aînés. Rencontre avec Mario Dumont, chef de l’Action démocratique du Québec. Dans une lettre ouverte à Jean Charest ; il affirmait ceci : « Il y a quarante ans, les Québécoises et les Québécois ont eu la vision et le courage d’ouvrir un vaste chantier afin de moderniser le système d’éducation, permettant ainsi au Québec de se préparer à l’entrée massive de la plus imposante cohorte d’élèves et de se doter d’un ministère de l’Éducation. Quarante ans plus tard, alors que ces mêmes personnes approchent l’âge de la retraite, nous croyons qu’il est temps d’oser la modernisation et la démocratisation de notre approche envers les plus vulnérables de notre société, ». Dans un premier temps, il soutien que le Québec, parce qu’il a radicalement modifié ses façons de prendre soin de ses aînés, tout particulièrement au cours de vingt-cinq dernières années, n’a plus les outils nécessaires aujourd’hui pour bien s’occuper de cette portion de la population qui va en augmentant, faisant du même coup croître les demandes de soins de toutes sortes de plus en plus pressantes. D’où, selon lui, la nécessité d’un grand débat de fond sur la question. « Quelle sorte de soins on veut donner à nos aînés ? Quelle sorte de milieu de vie on veut créer pour eux au sein de nos CHSLD ? On a bâti des méga grosses bâtisses, on a fait ça en vitesse pour qu’il y ait le plus rapidement possible des infrastructures pour physiquement les recevoir, puis après ça il y a des coupures budgétaires en quantité industrielles qui ont frappé, pour le déficit zéro entre autre… D’abord sur le personnel, les employés mais par la bande ça là atteint les personnes âgées, les personnes malades… mais on s’est malheureusement pas arrêter à ces questions là ou très peu, des questions qui sont pourtant fondamentales pour l’être humain qu’il y a là entre nos mains… Et c’est là que j’ai le sentiment qu’on serait dû dans notre histoire, d’avoir une réflexion un peu plus large sur tous ces enjeux là.» nous explique-t-il. Il voit de multiples volets qui pourrait être abordés lors de cette commission : « Formation du personnel, les grandes et surtout les petites résidences de 9 pensionnaires et moins, qui sont souvent oubliés dans toutes les réformes, les ressources nécessaires à la bonne marche des centres d’hébergement, l’alimentation des bénéficiaires, les qualités d’hygiènes minimales, la planification des loisirs au sein d’un milieu de vie, des cadres stricts et très limitatifs sur la contention tant physique que chimique afin de savoir quand s’en servir et surtout de ne pas en abuser, la préservation de l’autonomie pour nos aînés, et la liste pourrait être encore très longue ». Il parle aussi de la grande vulnérabilité des personnes âgées qui, avec pour seul recours les comités d’usager et de protection des bénéficiaires, qui ne constitue pas de grandes forces politique, sont parfois mal organisés et mal protégés… « Ils sont loin d’être aussi bien protégés que les travailleurs syndiqués par des grosses centrales, par exemple. » Il dit être à l’écoute des citoyens et que cette vulnérabilité là des 55 ans et plus qui sont en centre le pousse à agir avec plus de détermination et d’énergie. « Je pense que c’est important pour ces gens là, de sentir qu’à tous les niveaux, dans les partis politiques, au parlement, il y a des gens qui se font leurs voix, qui prennent leur défenses. » conclut monsieur Dumont.
Selon Monsieur Dumont, le nouveau ministre de la Santé et des services sociaux, Philippe Couillard, en tentant de minimiser l’impact de tous les signaux d’alarmes et en les traitant comme autant de cas isolés fait fausse route : « C’est toujours des cas d’exception qui se produisent quand il y a eu des cas de mauvais traitements, des situations qui sont choquantes ou même dramatiques au point de vue humain, mais quand des cas d’exception arrivent à gauche, à droite, ici et là et qu’on n’arrête pas d’en dénombrer, là on est obligé de conclure qu’il y a un problème plus large. Sans dire que c’est général et l’appliquer à tout le réseau, ce qui est loin d’être le cas, car, dans l’ensemble les gens qui travaillent avec nos personnes âgées les traitent très bien et font un excellent travail avec passion et dévouement, il reste que c’est un signal d’alarme puissant qu’on ne peut pas ne pas écouter et avec le vieillissement de la population qui s’accentue de jour en jour, il faut passer à l’action et le plus rapidement possible sera le mieux. Nous on propose une approche plus globale, non partisane, et on va être les premiers à applaudir si le ministre abonde dans ce sens, celui d’une commission publique d’enquête. » résume-t-il. Au sujet de ses visites éclairs dans les centres d’hébergements avec préavis de 24 hrs, Mario Dumont soutien que, bien que ce ne soit qu’un minimum, il se doit d’admettre que puisque, contrairement à il y a une vingtaine ou même une quinzaine d’année, il ne se faisait plus rien de ce côté, plus de visites, plus d’enquêtes, plus aucun suivi des établissements, il dit du bout des lèvres que c’est mieux que rien. Mais il s’empresse d’ajouter « Qu’en 24 hrs, avec un appel plusieurs jours à l’avance et en plus un rappel le matin même pour dire qu’on s’en vient, on a facilement le temps de mettre des gens qui dérangent à l’abri, de corriger certaines choses à la sauvette et de cacher bien des choses… » résume-t-il. Il soutien que c’est loin d’être la solution à tous les problèmes et que, malgré cela, le débat de fond ne pourra être évité encore bien longtemps.
Appelé à donner son appréciation du système de santé au Québec dans son ensemble, monsieur Dumont soutient être très fier du réseau de santé que le Québec à bâti et qu’il faut le préserver, mais pas à n’importe quel prix. Il explique aussi que certaines pratiques, notamment avec les aînés, ne sont pas compatibles avec ce qui selon lui définit un milieu de vie… Mario Dumont insiste beaucoup sur l’importance d’un milieu de vie au sein des CHSLD : « Il faut toujours garder à la mémoire qu’un centre d’hébergement, ce n’est pas un hôpital. Quand vous allez à l’hôpital, ce n’est pas chez vous, ce n’est pas votre milieu de vie, vous savez que vous allez être là une journée, trois, cinq jours maximum et qu’après vous allez retrouver vos affaires, vous retrouvez chez vous, dans votre maison explique-t-il, mais pour les aînés, le Centre d’hébergement c’est chez eux, c’est leur milieu de vie, il n’y a plus d’ailleurs, le personnel qui circule, le roulement des infirmières, les murs de la chambre, ça devient permanent tout ça. Alors, il faut vraiment établir des priorités, des manières de faire qui peuvent offrir le maximum de qualité de vie possible pour ces gens là. » Dans les exemples plus concrets de façons de faire qui serait à revoir ou à modifier, Mario Dumont en a contre la contention abusive et déplore aussi ce qu’il qualifie de « culture du médicament » Certains chiffres fournis par les recherchistes de l’ADQ en complément à l’entrevue font dresser les cheveux sur la tête : Les médicaments, de 2000 à 2002, dans les CHSLD de Montréal seulement, antidépresseurs et médicaments pour le système nerveux, sont passé de 3,7 millions à 6,1 millions c’est-à-dire 65 % d’augmentation en deux ans. « C’est beaucoup trop !» nous dit Monsieur Dumont.
Quant à savoir si l’image que les électeurs aînés du Québec ont de l’action démocratique est conforme ou non au message que Mario Dumont souhaite véhiculer, il marque d’abord un temps d’arrêt pour bien réaliser l’ampleur de la question : « Ouf ! C’est une grande question » nous dit-il d’entrée de jeu… « Je pense que l’image publique qu’on veut projeter et sa compréhension sont toujours l’affaire d’une très longue période de temps, ça fait maintenant 10 ans qu’on est en politique et je crois que l’image qu’on projette, indépendamment de tout ce qui se dit ou se véhicule dans les médias qui peuvent toujours influencer à court terme, mais dans son ensemble, l’image est toujours grandement influencée par nos actions, par les batailles qu’on a menées et je pense que c’est là-dessus que se définit le mieux notre image. De nos batailles qu’on a menés, surtout celle de la commission d’enquête publique pour nos aînés, les gens doivent comprendre que l’ADQ à toujours une préoccupation pour le citoyen » Selon ses chiffres internes, Mario Dumont nous dit que, contrairement à ce qu’on serait porté à croire, c’est majoritairement le vote des 55 ans et + qui lui a permis d’obtenir la victoire lors des élections partielles dans Berthier et René-Lévesque (anciennement Saguenay) défaisant ainsi l’image de « Parti de jeunes » que plusieurs se font de l’ADQ. Bien qu’il avoue que, à cause de son jeune âge, l’ADQ est le parti auquel le plus de jeunes adhèrent et s’impliquent, il croit que l’Action démocratique est pour tous, parce qu’il s’agit d’un parti qui est à l’écoute des besoins réels des gens. Il invite donc aussi les aînés à prendre leur place au sein de l’ADQ. Et quant à savoir si le fait de prendre en charge le dossier des aînés pourrait éventuellement lui rapporter politiquement, il esquisse un sourire franc et nous dit : « Qu’à quatre ans des élections, ce n’est pas le genre de chose qu’on regarde, loin de là. On est là parce qu’on écoute les gens et c’est que les gens vivent présentement, c’est aussi simple que cela. On pense que, comme société on aura des problèmes majeurs si on ne tient pas compte de cette réalité là… »
Voilà plusieurs mois déjà que Mario Dumont et ses députés réclament une commission d’enquêtes publique pour faire la lumière sur tous les signaux d’alarmes et les cas de mauvais traitements qui se sont multipliés ces derniers temps et le point de presse conjoint que les deux employés congédiés par la résidence Le Vaisseau d’or de Beauharnois ont donnés avec lui est une preuve flagrante que tout ne tourne pas rond, « Il me semble que le prix à payer pour suivre la consigne du premier ministre, pour dire publiquement ce qui ne va pas est beaucoup trop élevé, c’est trop cher, ça n’as pas de bon sens. » me confiait l’attachée politique de Monsieur Dumont en préparation pour l’entrevue. « Si on doit payer de son emploi pour dénoncer l’inacceptable, forcément vous allez tomber dans le piège de la loi du silence, qui rend tout tabou et extrêmement lourd, explique monsieur Dumont. C’est précisément cette loi du silence que dénonce les députés de l’ADQ, ce qui leur a valu certains appuis non négligeables dans leur bataille pour la cause des aînés. Voulant d’abord livrer cette bataille en solo, Mario Dumont s’est rapidement rendu compte que certains organismes souhaitaient la même chose, poursuivait les mêmes buts. Il les a donc rapidement contacté pour mettre au point un combat commun et ainsi revendiquer d’une voix encore plus forte. C’est ainsi qu’à sa voix se joignent maintenant celles de Michel Haguette, Vice-présidente de l’Association Québécoise de Défense des droits des retraités et préretraités, Ernest Boyer de la FADOQ et Nathalie Ross directrice générale de la Fédération québécoise des Sociétés d’Alzheimer. Il y a aussi le mouvement Handicap-Vie-Dignité qui travaille avec eux sur certains dossiers et qui partagent nombre des revendications de l’ADQ..
