Par Sébastien Lévesque
Au cœur de Parc-Extension, rue Ogilvy fourmille une armée de petits anges au service des aînés italiens de Montréal. Visite au CRAIC, le Conseil Régional des personnes Âgées Italo-Canadiennes. Avec ses six employés rémunérés seulement, mais son imposant bataillon de 90 bénévoles, l’œuvre de l’Honorable sénatrice Marisa Ferretti Barth qui atteint le cap de la maturité en célébrant cette année son trentième anniversaire est plus vivante que jamais. Elle dessert 14000 des 350 000 italo-canadiens de Montréal et de ses banlieues, et ce via un réseau de 77 clubs de l’âge d’or italique de Montréal que le CRAIC supervise et dont les membres constituent une base de bénévoles supplémentaires « Donc, officiellement on a 88 bénévoles inscrits, mais les présidents et les exécutifs des clubs de l’âge d’or font qu’on monte facilement à au-delà de 200 bénévoles quand on n’en a besoin, comme lors des activités de financement par exemple » nous explique Élizabeth Daoust, coordonnatrice de projet de l’organisme..
Les Bénévoles
Avec en tête le slogan « Les générations se suivent, le CRAIC les accompagne » l’organisme se dit fier de ses nouveaux bénévoles, sa « relève » comme elle la qualifie, des « jeunes fringants » dans la quarantaine et la cinquantaine… C’est toute une différence avec les bénévoles habituels dont la moyenne d’âge excède les 70 ans. « Mais c’est en train de changer, lentement mais sûrement », nous dit Élizabeth Daoust. « C’est aussi naturel, comme on offre des personnes pour les aînés, que nos bénévoles soit aussi des personnes âgées » nous explique la directrice de l’organisme Teresa Gutta. Puis madame Daoust enchaîne sur les bénévoles en nous parlant de ses « membres honoraires » quelques personnes qui voudraient bien aider, mais qui, en raison de leur âge vénérable ne peuvent plus être vraiment efficaces. Aussi le CRAIC a décidé de reconnaître leur volonté d’aider en les nommant « membres honoraires » ou bénévoles à vie, ce qui veut dire qu’elles figurent en permanence sur le tableau des bénévoles, mais leur temps n’est plus officiellement comptabilisé comme tel, « C’est une manière de valorisation pour eux, elles se sentent ainsi toujours appréciées et valorisées. Et c’est important pour nous de bien les traiter dans ce sens là… » Car, même s’ils sont bénévoles, chaque personne qui oeuvre pour le CRAIC doit comptabiliser son temps et faire l’objet d’une étude sérieuse lors de sa demande. Madame Gutta s’assure ainsi d’avoir pleinement confiance en tout son monde… En outre chaque heure et chaque activité de chacun des bénévoles est minutieusement notées sur un grand tableau et dans un livre afin que tout se déroule avec le plus de constance possible. Tout est planifié au quart de tour. Et c’est tout à l’honneur de madame Daoust et Maria Filleti, secrétaire administrative du Conseil qui accomplissent ainsi un véritable travail de moine.
Parmi la panoplie de services offerts par le centre on note : 1) Le maintien à domicile qui constitue la seule activité qui n’est pas effectué par des bénévoles, deux femmes de ménage comptant parmi les rares employés du centre, elles effectuent deux visites par jour et ce, cinq jours par semaine. C’est aussi la seule activité qui est réservé exclusivement aux Italos-canadiens. 2) La popote roulante qui offre 45 repas à des gens dans le besoin recommandé par le CLSC chaque vendredi. 3) Des services de traduction et d’accompagnement, lorsque cela est possible. 4) Les banques alimentaires tous les mardis. 5) Le repas communautaire qui est préparé et servi par les bénévoles à plus de 200 personnes l’avant-dernier samedi de chaque mois. « C’est toute une expérience pour les bénévoles ! » nous confie Élizabeth Daoust. 6) Des cours de français, d’anglais et d’italien pour tous, mais avec prédominance aux aînés. Donnés par mesdames Gutta et Daoust (respectivement français et anglais) ils sont surtout axés sur la pratique dans la vie de tous les jours, « Pour que la dame âgée par exemple, puisse aller au dépanneur acheter son pain et se faire comprendre… » nous explique madame Gutta. 7) Activités de toutes sortes (la chorale, le bingo, la peinture sur toile etc.) 8) Des séances de prévention et d’information sur la sécurité des aînés. 10) Compilation de demandes de pension Italie-Canada, fédérales et provinciales, Assistance dans les demandes d’aide sociale et Défense des droits des aînés. 9) Programme de répit familial et répit « by night » « C’est de loin le service le plus en demande, nous disent en chœur mesdames Daoust et Gutta, « Mais dont la portée est limitée faute de gens qui veulent s’impliquer pour ce service là. C’est difficile et exigeant, c’est presque une vocation. Ça s’apparente à du gardiennage pour aînés semi-autonome. En plus, comme nos bénévoles sont pour la plupart des femmes et des aînés, ils veulent pratiquement pas sortir le soir, alors que c’est souvent le soir que les gens ont des sorties et auraient besoin d’un répit pour qu’on s’occupe de leurs parents âgés… Alors, on fait ce qu’on peut. » nous explique madame Daoust, tout en déplorant ne pouvoir faire plus.. 10) Le soutien aux immigrants, les visites d’amitié et le soutien aux prisonniers multiculturels en collaboration avec l’Établissement Leclerc… 11) Programme de socialisation pour les aînés avec problèmes cognitifs… 12) Projet intergénérationnel… Et la liste est encore bien longue, la brochure de présentation de l’organisme en mentionne une bonne trentaine. Mais ce sont là les plus importants.
Quant aux ressources disponibles pour les aînés italophones, madame Gutta nous parle d’une seule résidence pour les aînés italiens de Montréal, soit le centre d’accueil Dante, appelé communément Chanto-Dante dans la communauté, une installation qui est administrée par l’hôpital Santa Cabrini situé sur la rue Chatelain. Madame Gutta nous parle aussi d’une multitude d’organismes au sein de la collectivité italophone, mais « comme c’est particulièrement difficile de partir quelque chose » nous explique-t-elle, le CRAIC est un des très rares organismes à répondre au double défi d’être aînés et italiens à Montréal. « Comme nous sommes de plus en plus crédibles, après 30 ans, la communauté les réfère souvent à nous, quand il s’agit des aînés… » renchérit madame Daoust. Et comme le CRAIC est en plein quartier multiethnique, il répond, à l’image du parcours de sa fondatrice, à bien plus que les Italiens, même si ceux-ci constituent toujours la clientèle majoritaire.
Fondatrice
Le CRAIC est véritablement un centre multiservices dont sa fondatrice peut être très fière. C’est d’ailleurs pour souligner sa remarquable implication bénévole au sein de sa communauté que le Premier ministre Jean Chrétien l’a nommée au Sénat en Septembre 1997. Un site internet qui lui est consacré nous apprend que : « Depuis 1970, madame Marisa Ferretti Barth oeuvre au sein d’organismes communautaires ayant mis sur pied 68 clubs italophones de l’âge d’or et a collaboré à la fondation du premier club de l’âge d’or chinois à Montréal, ainsi que des clubs russes, libano-syriens, afghans, et multiethniques. Elle a occupé divers postes au Canada et en 1974, elle a fondé le Conseil régional des personnes âgées italo-canadiennes, qui regroupe 16 000 membres et dont elle est directrice générale depuis 1975. »
