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Ah que l’hiver !

« Mon pays ce n’est pas un pays c’est l’hiver… Dans la blanche cérémonie, où la neige au vent se marie, dans ce pays de poudrerie, mon père à fait bâtir maison…» Ces mots de Gilles Vigneault qui semblent nous caractériser mieux que quiconque, auraient du davantage influencer les chercheurs sur notre beau pays. Malheureusement, selon monsieur Pierre André, ce n’est pas exactement le cas. Bien que l’hiver soit partie prenante de notre réalité, que l’on soit le peuple au monde avec le plus large éventail pour nommer neiges, vents et nordicité, surtout grâce à Louis-Edmond Hamelin qui a québécisé à lui seul une grande partie de notre vocabulaire hivernal, il existe très peu de recherches sur la perception qu’on les gens de cet hiver, à plus forte raison dans la population ciblée que représente les aînés, ce que semblent déplorer Messieurs André et Savoie, dont l’étude nous a été d’un grand secours dans cet article. Aînés Hébergement s’est tout de même intéressé au phénomène et a rencontré Pierre André, professeur en environnement humain au Département de géographie de l’Université de Montréal et reconnu comme le spécialiste de l’hiver dans la métropole. Il a lui-même co-écrit avec Isabelle Trudeau, Claude Marois et Hervé Gumuchian, un article dans la revue de géographie Alpine, 1997 no 1. Intitulé « Les personnes âgées et l’hiver à Montréal » c’est de cet article que proviennent originalement les catégories que monsieur Savoie à réutilisés dans sa propre analyse.  

L’HIVER DANS L’ÎLE

Cette recherche, qui se composait de 607 aînés de 60 à 90 ans, avec des groupes de tailles similaires dans les catégories d’âges des 12-18 ans, 19-34 et 35-59 ans, afin de présenter un continuum d’appréciation ou non de l’hiver en fonction de l’âge, démontre bien que les aînés de Montréal, qui en outre, selon l’étude d’Environnement Canada de 1987, font face à des hivers plus rigoureux en terme de variation de température, que dans les trois lieux visés par l’autre étude, celle de Monsieur Savoie, réagissent sensiblement de la même façon, c’est-à-dire relativement négativement face à l’hiver qu’ils subissent plus qu’ils n’en profitent. Aussi la catégorie « l’Hiver dur et contraignant » à été la plus mentionnée (371 fois au total sur 607 répondants)  suivi de « La neige : Composante du paysage » (dans 96 cas), Occasion d’intériorité (39 fois) et occasion d’activité (29 fois)  expliquent les auteurs en conclusion. Ce travail et celui de monsieur Savoie sont parmi la rare littérature recensés au Québec sur le sujet. Comme le mémoire de maîtrise semblait plus exhaustif, c’est principalement de lui que s’est inspiré cet article.  

Dans son mémoire de maîtrise, « Environnement climatique de représentation de l’hiver chez les personnes âgées autonomes » Robert Savoie de l’Université de Montréal présente une étude très intéressante qui a servi de base de discussion lors de la rencontre avec Monsieur André. Pour un  Spécial Hiver cette étude ne pouvait mieux tomber.

POPULATIONS ÉTUDIÉES

La recherche, devenu mémoire de maîtrise, de monsieur Robert Savoie, à été effectuée auprès de 810 personnes, trois groupes de 270, Aînés autonomes de 65 ans et plus, surtout des femmes ; Elles représentent respectivement 79% de la population étudiée d’Amos, 74% à Loretteville et 67% à Chambly, les trois villes ciblées pour cet étude. L’objectif de l’auteur visait à observer l’influence du climat sur les représentations que se faisaient les aînés de l’hiver.

Les gens d’Amos ont en moyenne 78,1 ans, comparativement à 73,1 ans à Loretteville et 72,8 ans pour Chambly. Les échantillons sont composé de veufs ou veuves à près de 80% pour Amos contre 64% pour Loretteville et à peine 60% pour Chambly, mais cela demeure, dans les trois cas, le statut social le plus répandu, loin devant les gens mariés et les célibataires. En revanche la proportion de gens mariés est plus importante à Loretteville et Chambly domine dans la proportion de Célibataires interrogés. Le niveau de scolarité des gens interrogés est faible, la très grande majorité n’ayant atteint que le primaire, dans une proportion d’environ 83 % à Loretteville, 63 % pour Amos et 53 % pour Chambly. On note cependant une forte proportion de gens possédant des études secondaires à Chambly, plus du double que dans les deux autres municipalités. Autre démarcation importante ; les gens interrogés qui sont originaires de la ville où ils habitent représentent 47% des gens de Loretteville, 23% à Amos et à peine 14% à Chambly. Cependant la très grande majorité des gens habitent au même endroit depuis plus de 60 ans dans une proportion de près 78% pour Amos et Loretteville contre à peine 23% pour Chambly.

Concernant leur santé, les gens de Loretteville et Chambly considèrent qu’ils ont une « excellente » ou une « très bonne » santé dans la majorité des cas, tandis qu’à Amos, on se dit plutôt en « bonne » santé dans une très vaste majorité. Le niveau de stress subi est très faible dans les trois cas (Milieu pas très stressant ou pas stressant du tout) , bien qu’un peu plus élevé à Loretteville où la mention Milieu très stressant ou plutôt stressant atteint 30 % des répondants.

L’HIVER À AMOS, LORETTEVILLE ET CHAMBLY

La première question sur l’hiver portait sur les chutes à l’extérieur durant l’hiver depuis l’âge de 50 ans. 30 % des Amossois ont dit qu’ils avaient chutés au moins une fois, contre 22 % des Chamblyens et à peine 12 % des Lorettevillois. Mais heureusement plus de 70% des gens ayant répondu Oui disent n’avoir chuté qu’une seule fois. Pourtant, même si la proportion des gens ayant chuté est moindre, c’est à Chambly que la proportion des gens ayant chuté et ayant nécessité une hospitalisation est la plus importante, 58 % des cas, contre 37 % (Amos) et 28 % (Loretteville) respectivement.

On a ensuite demander au gens de situer dans le temps le véritable début de l’hiver, la très grande majorité ont parlé du mois de Novembre, soit à 68% (Chambly) 59 % (Loretteville) et 52 % (Amos) respectivement, loin devant Décembre qui ne recueillent qu’un maigre 19 % (Amos et Loretteville) et 11 % pour Chambly. À l’inverse, pour Octobre, la proportion est quasi négligeable, exception faite du 11 % pour Amos qui représente sans doute mieux la réalité régionale due à la latitude davantage nordique de la ville. Même question concernant la fin de l’hiver ; Avril est généralement la réponse la plus populaire, 59 % pour Amos, contre 42% pour Loretteville et Chambly. Il y a malgré tout un Amossois sur 10 (11 % en fait) qui situe la fin de l’hiver en mai, à peine un peu moins que le 16 % qui le situe en mars, le plus faible taux pour ce mois, versus les 34 % et 36 % de Loretteville et Chambly… Donc, en combinant les deux dernières questions, on peut conclure que l’hiver semble beaucoup plus long en Abitibi que dans la Capitale nationale ou en Montérégie.

À la question « Je déteste, j’aime pas, j’aime plus ou moins, j’aime bien ou j’adore l’hiver, le plus ou moins rallie plus de 8 Amossois sur 10. Par contre à Loretteville et Chambly, c’est le « J’aime bien » qui aurait gagné avec respectivement 70 % (Loretteville) et 76 % (Chambly) des voix. Il y a en outre plus de gens qui déteste l’hiver (35 % à Loretteville) qu’il n’y en a qui l’adorent (12,5 % à Chambly). Cependant, de toutes les personnes interrogés, un très faible échantillon (huit personnes à Chambly et deux à Amos) ont dit partir pour le Sud afin de fuir l’hiver, annuellement dans sept cas, aux deux ans pour deux autres et à l’occasion dans le dernier cas.

L’auteur tire quelques analyses chiffrés de l’ensemble des réponses obtenues : « Ainsi, les 810 unités de sens donnent un portrait précis de la représentation hivernale chez les personnes âgés des trois régions climatiques différentes. De façon globale, les répondants se représentent l’hiver d’une manière contraignante dans une proportion de 39,6 %. Ensuite suivent dans l’ordre l’Âpreté (19,2%), la neige : composante du paysage (14,8%) l’hiver : occasion d’activité (7,4%) la persistance de la saison (5,6%) l’hiver : occasion d’intériorité (4,6%) l’hiver dans son ensemble (4,1%) l’hiver : Temps de réjouissance (3,1%) et finalement, la fuite de l’hiver chez 1,6 % des répondants »[1] Une autre citation de l’auteur, tiré de sa conclusion : « Ainsi nous supposons que les représentations de l’hiver chez les personnes âgées sont influencés, d’une part, par le climat, d’autre part par les variables sociodémographiques, culturelles, d’état de santé physique et psychologique, de l’expérience de l’hiver et de la connaissance du milieu » [2] L’auteur distingue aussi les trois climats étudiés, selon le classement de Litynski établie en 1988 ; Ainsi Amos et Loretteville possèdent un climat subpolaire contrairement à Chambly qui est de climat modéré. C’est un facteur important qui a eu une influence certaine sur les représentations recueillies. La moyenne de température, la quantité de précipitation, en neige ou en pluie, la couverture neigeuse et le pourcentage d’heures d’ensoleillement de chacune des régions étudiées ont aussi constitué des facteurs de perceptions différentes. Finalement, l’auteur souligne une dernière catégorie de facteurs qui ont pu influencer les résultats ; le fait d’une part que les répondants d’Amos était plus âgés que les autres (majorité concentrée des 75 ans et +) et l’organisation de services sociaux nettement supérieure à ceux observés dans les deux autres milieux font en sorte que pour les Amossois, si l’hiver est plus âpre, il est en revanche moins contraignant. Comme les gens plus âgés sont plus dépendants de ces services, le fait qu’ils soient plus nombreux et mieux organisés qu’ailleurs fait en sorte que l’hiver les isole moins. En outre, le docteur Jean Verdon dans une étude de 1989 portant sur l’hiver et les aînés de Montréal, fait état d’un accroissement du nombre d’hospitalisation des gens âgés, ce qui contribuerait aussi à la perception d’âpreté et du côté contraignant de l’hiver qui augmentent avec l’âge, souligne M. Savoie. La conclusion de monsieur Savoie sera aussi la nôtre : « Enfin vieillir en hiver demeure un défi de taille pour les différents intervenants dans le milieu. Ainsi la promotion d’une vie active dans un milieu bien adapté à l’espace de vie contribuera à améliorer le sentiment de bien-être face à cette saison bien particulière. »          


[1] « Environnement climatique et représentation de l’hiver chez les personnes âgées autonomes » Mémoire de maîtrise de Monsieur Robert Savoie, Pp 74.

[2] Idem Pp 78.

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