
En ce lundi de Pâques, je vous remercie de vous être déplacés pour rendre hommage à Diane, une femme au cœur mille fois plus grand que son caractère… Et pourtant, elle avait du Marie-Jeanne dans le nez, ma mère, j’en sais quelque chose. Son cœur grand comme le monde rachetait tout. Si mon père, c’était la force tranquille que rien ne semblait ébranler, même si ça bouillait en dedans, j’en suis sûr, ma mère, c’était un peu l’inverse… Il fallait que ça sorte que ça s’exprime ici et maintenant. Comme bien des mères, la mienne était une maman poule, une mère protectrice qui ne veut que le meilleur pour ses enfants, c’est sur, mais qui parfois étouffe à trop vouloir. Guy Corneau parlait du « J’ai tout fait » pour mes enfants… C’est sans doute un peu pour ça que j’aimais tant prendre le large quand j’étais petit… Je crois que, sans le savoir, je cherchais à éviter ses jupes… avec plus ou moins de succès.
À la séparation de mes parents, je me suis retrouvé seul avec elle, après un court passage chez mes grands-parents… Et, même si elle ne l’a jamais vraiment avoué comme tel, je crois qu’elle a toujours sacrifiée sa vie affective parce que j’étais là. Il y a bien eu Claude qui, je crois, l’a rendu heureuse quelques années, avec une fin un peu abrupte. Mais pour l’ensemble du temps, elle est resté seule et sans hommes dans sa vie… Un peu avec humour, un peu avec un fond de vérité cependant, plusieurs personnes qui nous voyaient en relation parlaient d’un Vieux couple. Inutile de dire que ce n’est pas toujours facile à vivre. Donc notre relation a eu ses hauts et ses bas. Heureusement ou malheureusement, car c’est en bonne partie dû à la maladie, les derniers temps ont été plus calmes, plus sereins… Mais au fil du temps, une chose n’a jamais changé, même aux pires de nos conflits, on s’est toujours dit à quel point ont s’aimait, autant sinon plus pour elle que pour moi, ça je n’en ai jamais douté.
Ma mère avait aussi une autre immense qualité, elle a toujours travaillé, trop travaillé sans doute, c’est ce qui l’a rendu malade. Mais ça en faisait une personne extrêmement appréciée partout où elle est passé, du DP à Laval où elle a commencé avec mon grand-père, chez Majeau, à Charlemagne jusqu’au au métro de la rue Notre-Dame… Jusqu’aux fameux buffets de Multiconcepts où je l’ai vu consacrer des nuits entières du 23 et 24 décembre, littéralement… Elle faisait admirablement bien à manger et en a fait sa vie durant une bonne partie de sa vie de travail… Entre la réception de Me Desmarais, des ménages en quantité industrielles, des enfants dont elle gardait un souvenir impérissable que ce soit Olivier, Dominic, Yannick ou Caroline… Des portes d’armoires qui ont ruinés sa santé…
Même si sa vie à toujours alternée entre vie sociale et solitude choisie et nécessaire… Dans les derniers mois, la maladie l’a réduite encore plus à l’immobilité, ce qui amène malheureusement à l’isolement… Mais elle avait des anges auprès d’elle, je pense d’abord et avant tout au personnel à Marie-Rose en disant ça. Elle a super bien été traitée le peu de temps qu’elle y a séjournée. Je pense surtout à Mélanie qui me confiait, qu’elle était bien plus qu’une patiente, c’est une confidente, presque une amie. Et il y a eu Huguette bien sûr, sa fidèle alliée, sa grande sœur avec qui elle a vécu et partagé tellement de choses, de souvenirs, d’anecdotes qu’on pourrait en faire tout un roman, depuis la rue Hébert à Montréal-Nord, où je n’étais encore qu’un vague projet, conçu là-bas semble-t-il, mais comme ils ont déménagés à Terrebonne avant que je vienne au monde, je n’en garde aucun souvenir, jusqu’à son dernier séjour à l’hôpital qui fut bref, à peine une fin de semaine, du jeudi soir au lundi matin en fait, mais tellement intense, tellement souffrant aussi. Huguette, c’est aussi ma deuxième mère, une ombre rassurante qui nous accompagne, ma mère et moi depuis toujours… Pour cela, je crois que ma mère n’a jamais eu de mots assez forts pour exprimer toute sa reconnaissance pour ce que tu as fait pour elle et pour nous. Pas sur que j’y arrive plus aujourd’hui, mais je crois qu’elle serait fière que j’ai essayé. Merci du fond du cœur.
Et il y a eu Pierre qu’elle m’a demandé tant de fois de souligner dans cet éloge, un peu dans le moule de mon père, ils se sont d’ailleurs mariés le même jour, ça ne s’invente pas… Discret, silencieux, mais toujours là, un roc… C’est l’un de ceux qui sont venus le plus souvent à la résidence pour voir et encourager ma mère. À toi et Yolande, je ne serai jamais assez reconnaissant pour ses derniers six mois qui ont été tant de fois adouci par votre présence, votre écoute… Merci du fond du cœur en son nom et au mien.
Aujourd’hui, je fais tout pour qu’elle soit fier de ce qu’elle voit de son coin de nuage. Merci pour tout ce que tu m’as transmis et repose en paix. Bon voyage. Tu le mérites tellement. Plus de souffrances, plus de douleurs. Veille sur nous maintenant et part retrouver plein de gens que tu as aimés et dont le départ récent t’ont tellement bouleversé… Tu n’auras pas assez de l’éternité pour renouer avec tout le monde.
Je t’aime, ton fils Sébastien